LE CONCENTRÉ D'ACTU

Vélo en libre-service, le miracle pour tous ?

Voilà bientôt 20 ans que le vélo en libre-service (VLS) s’installe dans les villes françaises. Après Rennes, il y a eu Lyon, Paris… La presse s’est emballée. De nouveaux pays entrent dans la course. La presse s’emballe encore.

Le VLS serait-il le dopant de l’usage du vélo en ville ?

Tour d’horizon de ce service vélo au fil de la Toile.

L’arrivée du vélo en libre service (VLS) dans des pays jusque là plutôt discrets les place à la Une. En avançant sur le fil « vélo » du Web, de nouvelles destinations apparaissent. Malte, Ukraine, Roumanie, Maroc, Chine.

Doit-on déduire que le vélo prend - ou reprend - de ses fonctions dans les villes de ces pays émergents ? Essayons de comprendre ce qu’il s’y passe. Plus de personnes désireuses de pédaler et de bons aménagements cyclables déclenche une offre en VLS ? Ou serait-ce l’arrivée des VLS qui transforme les citadins en cyclistes et les routes en espaces confortables pour les vélos ?

« L’objectif est d’amener les gens hors de leur zone de confort »

Direction la Roumanie d’abord. Ici, on présente ce nouveau service comme la clé du changement.

« Urban I’Velo est la suite naturelle des projets qui font la promotion de l’usage du vélo dans les grandes villes. (…) Il a des effets bénéfiques sur la santé des cyclistes et participe à réduire la pollution sonore et atmosphérique ».

Voici les mots du président de l’organisme roumain Green Revolution dans un article publié par Eltis, l’observatoire de la mobilité urbaine. Sur le site du prestataire I’Velo Urban :

« L’objectif est d’amener les gens hors de leur zone de confort, à quitter leur voiture et de promouvoir une activité physique qui soit bonne pour la santé et sécuritaire ».

Des mots, en roumain, qui viennent de la représentante de Kaufland Roumanie. C’est-à-dire ? D’un des principaux financeurs du service, un réseau d’enseignes d’hypermarchés allemand.

L’Ukraine inaugure aussi ! Au Printemps dernier, la marque Nextbike apparaissait dans la ville de Lviv. L’Ukrainian centre for cycling expertise livrait son espoir d’un réseau étendu à tout le pays. A Malte, la même marque faisait son entrée, sur Eltis aussi. Avec quelle ambition ?

« Nous espérons un report modal et un impact direct sur les problèmes de stationnement et d’embouteillages. (…) Ce service n’est pas que pour les résidents et les touristes. Des employeurs achètent des adhésions pour leurs salariés pour leur permettre de se rendre au travail à vélo ».

Voici les mots du porte-parole de Nextbike recueillis par le journal Times of Malta.

« Ce n’est pas facile de rouler à vélo dans Marrakech »

Le périple se poursuite au Maroc, à Marrakech, avec les Medina Bikes, implantés par le français Smoove. Ils ont largement fait parler d’eux. Forcément ! Ce sont les premiers VLS du continent, lancés juste lors de la conférence pour le climat, la Cop22, qui se déroulait dans la capitale économique marocaine. Sur ce continent, le vélo est plutôt signe de pauvreté, rappelle le journaliste du Guardian. Alors, pointe la journaliste américaine, le service prendra-t-il dans une ville où le vélo a été laissé de côté ces dernières décennies au profit d’un trafic trop dense ?

« Je pense que ça marchera mais seulement si les partenaires publics en créant les conditions pour cela. Ce n’est pas facile de rouler à vélo dans Marrakech ».

Dixit le directeur commercial de Smoove.

« Jugé ringard et signe de pauvreté, le vélo était de moins en moins utilisé à Pékin »

Et puis, il y a la Chine. Ici encore, l’image du vélo a pâti de la globalisation.

« Jugé ringard et signe de pauvreté il était de moins en moins utilisé : à Pékin, le taux de pratique du vélo était tombé de 63 % en 1986 à 14 % en 2013, en déclinant de 2 à 5 % par an à partir de 1990. Mais les problèmes de pollution ont favorisé le retour en grâce de ce mode de transport auprès de nombreuses municipalités chinoises et conduit à l’apparition de société comme Ofo mais aussi Mobike, Xiaoming, Mingbike et Bluegogo. »

C’est le quotidien économique Les Echos qui accorde un article au sujet. Le public réagit donc et le marché du VLS chinois roule plutôt bien. Il s’exporte même dans les banlieues de Londres, à Oxford et à Cambridge avec un système simplifié, sans borne, où l’usager laisse le vélo où il le souhaite, à un tarif défiant toute concurrence.

« Vous téléchargez la nouvelle application qui calcule le meilleur moyen : transports en commun, vélo libre-service, taxi, etc. »

Dans les pays où la pratique du vélo ne se discute plus, l’intérêt du VLS est acquis. En Finlande, à Helsinki, il est entré dans le panel des modes de transport. « Si vous avez besoin de vous rendre quelque part, vous téléchargez la nouvelle application qui calcule le meilleur moyen pour y aller : transports en commun, vélo libre-service, taxi, location de voiture ou une combinaison », partageait le site « tendance urbaine durable » Fastcoexist, dans un article sur une nouvelle application, baptisée Whim. Aux États-Unis, la journaliste sert sur le Washington Post un exemple emblématique, celui d’une habitante de Washington D.C., Allie Toomey, qui, agacée par les retards du métro, a opté pour le vélo en libre-service au quotidien. Au Québec, à Montréal, la flotte de Bixi s’étoffe encore, pointe le quotidien québécois La Presse  : « le nombre de déplacements a bondi de 28% depuis 2 ans ». Aucune explication sur les raisons de cet engouement mais là encore, la place du vélo n’est plus à faire.

« Les services vélos, un investissement public efficace »

Au fil du Web, les bénéfices des VLS, il y en a encore dans cet article publié par les Départements et Régions Cyclables (DRC). L’article est titré « Les services vélos, un investissement public efficace ». Il fait la synthèse de l’étude « Évaluation sur les services vélos » menée par l’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Le VLS est ici pris en compte avec d’autres services comme la location de vélo longue durée ou les vélo-écoles. Santé, environnement, diminution de l’usage de la voiture… Tous les bénéfices y passent.

Le vélo en libre-service serait-il alors la solution miracle pour amener nos sociétés modernes à vivre en ville avec moins de bruit, de voiture et en meilleure forme ? Ce serait un peu réducteur. Car parfois, le VLS va mal.

« Ça ne marche pas »

A Rennes, le Vélo Star pourrait bien disparaître, rapporte le quotidien gratuit 20 Minutes. Le service serait trop peu utilisé. Son coût, en moyenne 2200 euros par vélo et par an, est aussi pointé du doigt. Et ici, la location longue durée fonctionnerait mieux. Quant au bilan de 20 ans de VLS dans la capitale bretonne ? L’élu en charge des transports à la métropole analyse :

« Le libre-service a longtemps été nécessaire mais il n’est pas suffisant pour développer la pratique du vélo »

A Perpignan, « ça ne marche pas », pose l’élu en charge de la mobilité après presque 10 ans de mise à disposition des vélos Bip. Sur le site de L’Indépendant, le journaliste élargit la réflexion et conclut en citant plusieurs villes française où le service a fait un flop :

« Dans tous les cas, c’est un manque d’engouement du public qui est clairement pointé du doigt. Mais surtout, parmi les écueils ou les limites au développement du VLS, c’est le manque d’infrastructures ou d’aménagements dédiés aux cyclistes qui ressort partout en France. »

La réflexion va dans le même sens à Toulon où les VLS sont en projet. Ce serait « de simples pansements sur une jambe de bois », pour le président de La Masse critique, collectif pour l’essor du vélo à Toulon, lit-on sur le titre local Var Matin.

« Ce n’est clairement pas la priorité. Il faudrait déjà aménager des routes et des pistes cyclables en ville pour assurer la sécurité et favoriser la multiplication des cyclistes. »

Alors, le VLS suffit-il pour faire des citadins des cyclistes ?

« Le VLS n’a pas déclenché le renouveau de la pratique du vélo »

« Contrairement à certaines idées reçues, le VLS n’a pas déclenché le renouveau de la pratique du vélo. Comme l’a souligné Frédéric Héran, économiste à l’université de Lille au cours d’un colloque consacré à ce sujet en septembre 2012 à Strasbourg : "Les enquêtes "ménages-déplacements" montrent que, dans les villes concernées, la hausse de la pratique du vélo a précédé de plusieurs années l’arrivée du service". »

C’est ce que défend L’Heureux Cyclage, réseau des ateliers vélo citoyens et participatifs, dans un communiqué qui défend que les ateliers s’avèrent plus efficaces que le VLS pour amener les citoyens à pédaler au quotidien.

Le VLS pourrait bien finir en cheval de bataille pour les uns, en bouc émissaire ou en bête noire pour les autres. Ce qui est sûr, c’est que la bête est forte et sait faire parler d’elle.


Par Adeline Charvet, journaliste chargée de mission Information, à Pignon Sur Rue, maison du vélo et des modes actifs. Contact.

Photos : Sources diverses (Creative commons)