Taïwan : Le vélo ? Pourquoi pas. Mais surtout pas au détriment des modes motorisés ! (Épisode 1/3)

En marge d’une intervention à la conférence franco-taïwanaise sur les transports « verts » à Taishung le 2 mars 2016, Benoit Beroud (fondateur de Mobiped) a assisté et donné des conférences sur l’accessibilité et les vélos publics à Taïwan, au Japon et en Chine. Pour chacun de ces pays découverts entre le 25 février et le 12 mars 2016, il partage son regard sur la mobilité dans les mégalopoles.

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Taïwan est une île montagneuse peuplée de 23,5 millions d’habitants. Sa capitale, Taipei, est structurée par de grands axes motorisés à 2X2 voies et plus, et de nombreux auto-ponts (franchissements aériens d’intersections) (photo à gauche). Ainsi, la priorité est clairement donnée aux véhicules motorisés, générant de fait un sentiment d’insécurité pour les piétons et les cyclistes. Les rues secondaires sont généralement étroites, de plein pied et assez verdoyantes. Mais comme les façades sont en retrait par rapport aux entrées des immeubles, qui disposent d’un sas couvert avec généralement une place de parking voiture et pour deux-roues motorisé, ces rues semblent aérées (photo à droite). Comme souvent en Asie orientale, le visiteur étranger ressent globalement un sentiment de sécurité. Le taux de vandalisme est très faible à Taïwan car la notion de respect est très forte et la vidéosurveillance omniprésente.

La marche

Sur les axes principaux, de nombreuses façades de bâtiments disposent d’arcades permettant ainsi de se déplacer à l’abri face aux fortes pluies ou fortes chaleurs. Pour traverser les grands axes dédiés aux modes motorisés, les feux tricolores pour piétons sont équipés de décompteurs avant de changer de couleur. Aux heures de pointe, tous les feux tricolores d’un carrefour passent simultanément au vert pour le piéton (photo à droite). Des passages piétons temporaires permettent aussi de traverser en diagonal les grands carrefours. À d’autres endroits, les piétons sont incités à monter et descendre des passerelles évitant ainsi de perturber le trafic motorisé (photo à gauche).

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Sur les axes secondaires, les rues de plain-pied laissent le piéton marcher sur la chaussée sans bénéficier véritablement d’espace dédié. Dans certaines zones 30, une peinture au sol verte, bordée d’un trait blanc et rouge, délimite l’espace pour les piétons.

Taiwan_3 L’espace piéton est situé dans la partie basse de l’écoulement des eaux vers les égouts (photo à gauche). Ainsi, en cas de forte pluie, le piéton se retrouve les pieds dans l’eau. En terme de mobilité verticale piétonne, Taipei dispose aussi d’une des plus hautes tours du monde, Taipei 101, qui culmine à 509,2 m. Pour accéder au sommet, son ascenseur est le plus rapide du monde. Seulement 37 secondes sont nécessaires pour aller au 89e étage, soit 16,83 m/s soit 60,6 km/h (photo à droite).

Le vélo

Sur les grands axes, les bandes cyclables (quand elles existent) sont exclusivement positionnées sur les trottoirs et peintes d’une autre couleur. Le pictogramme est coiffé d’un casque (photo à gauche). La continuité cyclable au carrefour se traduit par un marquage au sol en parallèle du passage piéton, avec des lignes continues (photo à droite).

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Dans le métro, il est parfois possible de voyager avec son vélo, et les emplacements sont clairement visibles sur le quai (photo à gauche). Même s’il y a parfois des arceaux vélos qui permettent de bloquer uniquement la roue avant, la plupart des vélos sont simplement posés sur leurs béquilles, sans attache au sol et avec un cadenas dérisoire (photo à droite). Il y a de nombreux vélos de qualités variables : la crainte du vol semble bien différente avec celle ressentie en France.

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Depuis 2012, Taipei dispose de son service de vélos publics, U-Bike ! Début 2016, il y avait 222 stations, 7 264 vélos pour 130 000 membres et 50 000 locations par jour. Lorsque l’usage était gratuit, le taux de rotation était de 12 locations par vélo par jour. Depuis, un coût à chaque usage - très faible - a été introduit, et le taux de rotation est désormais de 8. Les vélos s’attachent aux bornes à l’avant de la potence, indifféremment à gauche ou à droite, ce qui permet de positionner les bornes le long de la voirie ou des murs sans trop gêner les déplacements sur trottoirs où se trouvent toutes les stations. Des marques blanches sont peintes au sol pour indiquer l’emplacement des roues. 

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Le système est développé et exploité par le groupe local Giant, leader mondial de la fabrication de vélos. Son PDG est intervenu à plusieurs reprises à Velo-city 2016 pour en faire la promotion et communiquer ses velléités d’exportation. D’autres systèmes ont été développés dans plusieurs villes taïwanaises. Un pass multimodal de type "Easy card" et "Pay as you go" permet d’utiliser plusieurs services. Nous remarquons que la communication a particulièrement été travaillé à travers le nom, le logo qui forme un sourire et un design de chat apposé à l’arrière du vélo.

En février-mars 2016, Taipei était la capitale mondiale du vélo en accueillant à la fois Velo-City (conférence mondiale des politiques cyclables) et le Cycle Taïpei Show (salon mondial des fabricants et pièces détachées). Une véloparade a été organisée. Si un axe routier majeur a été fermé à la circulation automobile, la véloparade devait laisser la priorité aux véhicules motorisés sur les principales routes, devant parfois s’arrêter aux feux tricolores pour laisser passer le trafic motorisé réduisant ainsi l’intérêt d’une véloparade. De nombreux cyclistes sur vélos adaptés ont participé à cet événement (photo à droite). Taiwan_7

L’offre de cyclo-tourisme est attrayante. Le tour de l’île à vélo, notamment la côte-Est la plus naturelle, a l’air très joli. Et des toilettes spéciales cyclistes sont prévues (photo à gauche).

Les transports en commun

L’île de Taïwan bénéficie d’une ligne ferroviaire à grande vitesse de technologie japonaise et très facile d’usage, qui dessert toute la côte ouest plus urbanisée. Le réseau de transports en commun urbain est très performant et s’articule entre lignes de métro très accessibles et de nombreuses lignes de bus à haut niveau de service (BHNS).

Les informations-voyageurs sont de très bonne qualité et parfaitement positionnées par rapport aux lieux de décisions. À chaque entrée numérotée des stations de métro, on trouve un plan du réseau de métro, un plan du quartier avec la description précise de la forme de la station de métro ainsi que des plans détaillés de la station en vue de dessus et vue en coupe.

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Comme le prix varie selon la station de départ et d’arrivée, des plans spécifiques à chaque station affichent la station de départ, et le prix pour chaque station d’arrivée (photo à gauche). Pour les Occidentaux, c’est compréhensible puisque les noms propres sont indiqués en alphabet latin et les chiffres arabes utilisés. Les espaces d’attentes pour accéder à une rame ou à un ascenseur sont formalisés par un marquage au sol pour faciliter les entrées/sorties, avec parfois une file prioritaire pour les personnes en situation de handicap (photo à droite). Les parents apprécieront également l’espace enfant dans les rames, avec des dessins de fruits.

Le deux-roues motorisé et la voiture

Avec une flotte de 14 millions de cyclomoteurs, on compte 2 scooters pour 3 habitants. De nombreux grands fabricants de scooters sont taïwanais, le plus connu en Europe étant Kymco. Un réseau de distribution de batterie électrique a récemment été développé pour les scooters de la marque Gogoto, dont l’univers design s’inspire de celui d’Apple.

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Alors qu’en Europe, les sas aux feux tricolores sont de plus en plus dédiés aux vélos, ce sont les cyclomoteurs qui bénéficient de cette facilité à Taïwan. Des foules de scooter peuvent attendre (photo ci-dessous). Il y a un grand nombre d’espace prévus pour le stationnement des scooters sur la voirie. (photo ci-dessus)

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Avec une flotte de 7 millions de voitures, Taïwan compte 1 voiture pour 3 habitants. L’urbanisme est clairement favorable à son usage. Toutefois, il est remarquable de constater l’absence d’offre de stationnement voiture sur l’espace public, qui confère un paysage urbain parfois désolant en Europe ou en Chine.

Conclusion

Taïwan a construit un urbanisme motorisé, rendant très compliqué le développement des mobilités actives. Malgré la pression énorme des automobilistes dès qu’une voie est supprimée, le maire de Taipei a démontré qu’il souhaitait questionner le rapport de force entre les modes de transport. Toutefois, les mentalités n’évoluent pas en un jour. Lors de la conférence Velo-City, ses services ont fièrement présenté un projet de destruction d’un auto-pont pour revaloriser un monument historique autour d’un rond-point en 6 jours seulement. Dommage que le vélo ait totalement été absent de ce nouvel aménagement qui restera ainsi plusieurs années …


Informations complémentaires :


Auteur de cet article et crédits photos : Benoit Beroud (@Mobiped, www.mobiped.com)