Si élus et citoyens donnaient corps à la culture vélo ?

La Hollande, pays modèle pour la pratique du vélo, accueillait en juin dernier Velo-City 2017, la conférence mondiale du vélo.
Benoît Beroud, fondateur de Mobiped, a pioché quelques réflexions au fil de cette conférence estivale pour inspirer les assises de la mobilité et inviter les citoyens qui aimeraient se déplacer à vélo à partager leurs besoins. Épisode 2/2

Cela aurait pu être une formidable aubaine pour former les nouveaux membres du gouvernement français et leurs équipes... à l’époque où le nouveau président de la République se faisait prendre en photo à vélo au Touquet. Pourtant, seuls étaient présents les deux membres de la Coordination interministérielle au développement et à l’usage du vélo (Ciduv), bien esseulés au sein des ministères.

S’inspirer des Hollandais serait-il si aberrant ?

Les nouveaux membres du gouvernement auraient pu se saisir d’un événement comme Vélo-city. Le nouveau président français, à cette période, s’affichait à vélo au Touquet - Photo du Gouvernement français [CC BY-SA 3.0 fr], via Wikimedia Commons

La conférence mondiale du vélo s’est déroulée en juin dernier aux Pays-Bas, pays qui fait figure de référence mondiale en la matière. Lorsque l’exemple hollandais est évoqué auprès des décideurs publics et techniciens français, on entend régulièrement :

« C’est normal. Le pays est plat et la pratique du vélo est culturelle. En plus, le vélo concurrence les transports en commun. Et de toute façon, on ne compare pas des contextes différents. »

Démonstration à l’appui du besoin de faire évoluer les mentalités françaises pour mieux s’approprier les bonnes pratiques, car cela sera probablement la même rengaine lors des Assises de la mobilité.

Imaginez-vous le directeur de la SNCF vous parler vélo ?

Imagineriez-vous les présidents de SNCF Réseau et SNCF Mobilités faire une présentation lors d’un congrès du vélo ? Peu probable. Aux Pays-Bas, ce sont bien les directeurs de Prorail et de NS qui ont pris la parole en plénière, avec humour et sincérité, pour défendre le développement de la bicyclette et son intérêt pour leurs activités économiques. En France, le vélo est souvent réduit à un concurrent des transports en commun urbain alors qu’il existe une complémentarité multimodale. Et l’objectif des pouvoirs publics, nationaux et locaux, n’est-il pas de générer un report modal de la voiture vers une multimodalité ?

Aux Pays-Bas, plus de vélo mais surtout moins de voiture qu’en France !

Une enquête a été menée en 2014 auprès de 28 000 citoyens Européens pour connaître leurs habitudes de déplacements (Source : Eurobaromètre 2014 page 11 à 14). S’il est vrai que la marche et les transports en commun sont moins prisés par les Hollandais que par les Français, la place du vélo y reste incomparable.

La différence la plus pertinente à retenir est que la voiture ne représente que 45 % du mode principal de déplacement chez les Hollandais contre 65 % pour les Français.

Comment font les Hollandais pour avoir autant de cyclistes ?

Et si le « secret » des Hollandais était de répondre tout simplement aux attentes des cyclistes potentiels ? Le premier critère, et de loin, qui pèse dans la balance pour le choix du mode de déplacement dans l’étude européenne,est que le vélo soit « convenient », en anglais (Source : Eurobarometre 2014). En français, cela peut se traduire par la praticité, l’accessibilité, la facilité d’usage et le fait de se sentir à l’aise. Bien au-delà de l’étiquette écolo souvent attribuée aux citoyens qui se déplacent à vélo, c’est la satisfaction immédiate apportée par la qualité des conditions de déplacements qui influencent le choix modal. Si le vélo est si peu pratiqué en France, c’est bien que les conditions de cyclabilité sont insuffisantes comparées à celles d’autres modes comme la voiture.

Un traitement de faveur pour les cyclistes ?

Les autorités hollandaises ont considéré les velléités des cyclistes dans leurs diversités : enfants en bas âge, femmes enceintes, personnes âgées et leurs attentes en termes de sérénité routière. L’histoire est différente en Angleterre où selon l’Ambassade anglaise du vélo, le terme « cycliste » renvoie souvent à la pratique sportive, et malheureusement pas assez aux gens qui se déplacent à vélo. Pourquoi les cyclistes sportifs en pleine forme auraient un traitement préférentiel ? s’insurge-t-on en filigrane Outre-Manche. Quid des enfants, des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite qui aimerait peut-être faire du vélo ou qui sont en capacité de le faire ? Si vous êtes curieux, jetez plutôt un œil à cette présentation de l’Ambassade anglaise.

D’autres abordent le sujet par la jeunesse. « Tous les enfants veulent faire du vélo » titre un néo-zélandais (Présentation). Et c’est l’Institut des transports autrichien qui en apporte la démonstration. Les enfants qui se déplacent en voiture sont rarement très contents alors que se déplacer à vélo rend les enfants plus heureux (schéma ci-dessous et présentation). Pas surprenant que les enfants hollandais soient classés comme étant les plus heureux du monde.

Il s’agit ni plus ni moins de proposer "des solutions crédibles", comme le rappelle le consultant Belge Vincent Meerschaert, présentation à l’appui.

Et si le vélo faisait du bien à tous ?

Lors de Velo-city, des formations étaient dispensées par le CROW, l’équivalent du CEREMA en France pour valoriser l’expertise hollandaise à l’international sous l’égide de l’Ambassade du vélo hollandaise. Son approche dans la conception des ronds-points pour cyclistes pourraient inspirer nos ingénieurs des Ponts et Chaussées qui ont bercé dans la culture voiture (voir la présentation). De manière générale, les Hollandais considèrent que les infrastructures les plus pertinentes sont celles qui prennent en compte tous les cyclistes (voir la présentation). L’auteur de cet article a également défendu la conception universelle comme un outil au service de la mobilité durable (voir la présentation), comme illustré par le schéma suivant.

Et les piétons alors ?

Malheureusement, les Hollandais n’ont appliqué la conception universelle qu’aux cyclistes et non à l’ensemble des usagers de la voirie. Les formateurs du CROW étaient exaspérés d’être apostrophés sur le manque de considération des piétons. « Oui, nous avons certainement quelque chose à améliorer », ont-ils fini par reconnaître. En effet, le cycliste est roi... parfois au détriment des piétons. Mais fait-on mieux en France lorsque des cheminements cyclables ou des stations de vélos en libre-service sont positionnées sur les trottoirs, de peur de supprimer du stationnement voiture, contribuant de fait au conflit piéton-cycliste ?

Et si les élus montraient l’exemple ?

L’exemplarité et l’engagement d’un élu est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour impulser une culture vélo au sein de toute son administration et auprès de ses administrés.

Au niveau local, nous pouvons féliciter les maires certaines grandes villes françaises et leurs adjoints : Roland Ries (Strasbourg), Eric Piolle (Grenoble), Alain Juppé (Bordeaux), Anne Hidalgo (Paris). Et plus récemment David Kimelfeld (Lyon), récent Président de la Métropole de Lyon, qui a participé à la Convergence vélo, la plus grande vélo-parade annuelle sur cette métropole. Les collectivités locales peuvent également jouer un rôle pour fédérer la diversité d’acteurs sur leur territoire. Par exemple, la Région de Bruxelles Capitale a invité une bonne trentaine d’acteurs locaux (associations, administrations régionales et municipales, agences) à participer à Velo-city. Et pour vraiment renforcer la dynamique collective, ces derniers ont parcouru ensemble 185 kilomètres à vélo pour rejoindre Nijmegen.

Au niveau national, Les Plans d’actions pour les mobilités actives (PAMA 1 et 2) ont posé les jalons d’une vision gouvernementale vélo en France. Et le gouvernement promet une révolution de la mobilité quotidienne à l’issue des assises de la mobilité lancées le 19 septembre. Espérons que les enjeux de la mobilité durable décrit ci-dessous soient pleinement appropriés. Le vélo est une réponse à de nombreux enjeux de société, notamment ceux chers à Emmanuel Macron, nouveau Président de la République : rendre notre planète meilleure et notre économie plus performante. Un chouette court métrage de 12 min de 2015 simule une réunion ministérielle à ce sujet : Sauve qui peut la France !

Voici quelques unes de mes propositions orientées "pratique cyclable" pour alimenter les assises nationales :

  • Donner le droit à un enfant de 12 ans de circuler à vélo en toute sérénité routière comme au Danemark, sans casque ! Avec des enfants plus autonomes, les parents pourraient réduire le nombre d’étapes de déplacements et envisager un report modal aujourd’hui contraint par l’accompagnement des enfants en voiture à l’école.
  • Structurer la lutte contre les voleurs de vélo et arrêter de considérer le vol comme une fatalité.
  • Arrêter la fiscalité avantageuse pour les utilisateurs de voiture au moment de déclarer ses impôts sur le revenu, comme également préconisé par l’association Belge Fietsverbond (voir la présentation) et utiliser ces revenus comme source de financement ?
  • Réduire la place des publicités valorisant la voiture dans la construction des systèmes de valeurs et des représentations sociales, en mettant en lumière ses effets néfastes qui concurrencent alcool et tabac (Article).
  • Mettre en place une stratégie de management de la mobilité pour influencer les comportements aux moments de remise en cause des habitudes : déménagements, évolution du ménage, accidents, déplacements occasionnels, des événements mondiaux, des expérimentations. Parmi les bonnes pratiques pour faire découvrir les possibilités offertes par le vélo, les Belges ont une caravane itinérante pour faire découvrir aux employés vélos à assistance électrique, vélos cargos, vélos pliants, vélos-avec remorques Présentation).
  • S’inspirer des démarches qualité mises en place dans le secteur privé et les développer dans les administrations publiques. Des projets européens ont défini des démarches qualité pour les politiques cyclables (BYPAD), les politiques d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite (ISEMOA) et pour les plans de déplacements urbains (ADVANCE).
  • Un soutien à la recherche française sur le vélo qui était la grande absente du colloque scientifique pour le vélo la veille de Velo-city, contrairement aux Américains (#MakeOurPlanetGreatAgain).

Au niveau européen, la Fédération des Cyclistes Européens a remis à la Commissaire européenne une proposition de stratégie européenne du vélo. Car s’il y a déjà une stratégie européenne pour le véhicule autonome, il n’y en a malheureusement toujours pas pour le vélo. L’État français sera-t-il un des garants de la politique européenne vélo ?

Citoyens, contribuez aujourd’hui à la culture vélo de demain !

Il est nécessaire que les cyclistes, et surtout les non-cyclistes qui aimeraient l’être, continuent à faire pression sur les politiques pour qu’ils soient contraints de s’approprier le sujet. C’est souvent ainsi qu’émerge une culture vélo.

Alors, usagers et non-usagers du vélo qui souhaitent le devenir, prenez la parole et faites masse !

Pour agir sur votre commune d’habitation ou de travail, un questionnaire en ligne permet de partager votre perception de la cyclabilité. Cette campagne, portée en France par la Fédération des Usagers de la Bicyclette, a été initiée lors de Velo-city2017 et lancée de manière simultanée dans plusieurs pays : Parlons-Vélo.

L’amélioration de la cyclabilité dans votre quotidien résulte aussi des décisions prises par le Gouvernement, qui sera peut être influencé par vos avis diffusés sur le site officiel des assises de la mobilité durable


Une tribune de Benoît Beroud, pour Actuvélo, fondateur de Mobiped, société de conseil en mobilité durable pour tous.