Quels facteurs influencent la pratique quotidienne du vélo ?

Quels facteurs contribuent à la pratique du vélo ? Ceux de la Poste bien sûr ! Plus sérieusement, cet article tente d’éclairer ce qui pousse, permet ou empêche les citoyen.ne.s de devenir des usagers du vélo au quotidien.
Benoît Beroud, fondateur de Mobiped, nous livre ses réflexions inspirées par Velo-City 2017, la dernière conférence mondiale de la pratique du vélo aux Pays-Bas, où il intervenait. Episode 1/2

En 2012, 31 % des français disaient avoir l’intention d’utiliser le vélo pour leurs déplacements quotidiens (Source Club des Villes et Territoires Cyclable, page 15). Or en 2014, seuls 4% des Français se déplaçaient quotidiennement à vélo, plaçant la France à la 20e position à l’échelle européenne (Eurobaromètre sur la qualité des transports, page 14). Et l’Insee estime qu’en 2015, 2 % des actifs ayant un emploi allaient travailler à vélo (Insee, 2017). Malgré tous les désagréments de la voiture en vue d’une transition écologique, elle a encore la part belle, utilisée par 70 % des actifs. D’où viennent donc de telles différences ? Pour tenter d’y répondre, voici quelques pistes de réflexions issues de présentations et discussions lors de Velo-city 2017.

Les étapes du changement de comportement

Passer à l’action nécessite de traverser de nombreuses étapes comme l’illustre parfaitement le schéma ci-dessous. L’association belge Provélo apporte une vision compréhensible du changement de comportement. Le dessin interroge : Sur quelle marche je me trouve aujourd’hui ? 1. « Je ne le ferai pas » - 2. « Je ne peux pas le faire » - 3. « Je veux le faire » - 4. « Comment le faire ? » - 5. « Un jour, j’essaierai » - 6. « Je peux le faire » - 7. « Je vais le faire » - 8. « Je l’ai fait ! ».


Source Provélo

Postures et handicaps potentiels dans l’évolution du vivant

« Le point commun entre les humains ? … Ils sont tous différents ». Cette diversité se révèle dans les différentes postures dans l’évolution du vivant, l’arrivée de handicaps permanents ou ponctuels, le besoin d’équipements d’aide à la mobilité et les diverses pratiques modales. Sans oublier l’évolution de chacun.e au fil de la vie.


Source Mobiped

Choisir son mode de déplacement : une série de questions

De très nombreux facteurs influencent le choix modal. Voici les questions qui entrent en compte (source : Comprendre le choix modal, 2004, La prise de décision d’un être humain adapté au choix modal, 2007) :

  • Aptitudes personnelles à la mobilité : « Est-ce que je sais faire du vélo ? Au milieu du trafic motorisé ? » ; « Ais-je un vélo ? En bon état ? » ; « Je n’en ai plus, on m’a volé le mien » ; « Je n’ai jamais conduit de vélo-cargo » - etc.
  • Représentations individuelles des moyens de transport : « J’adore le vélo » ; « Le vélo, c’est pour les bobos » ; « Les cyclistes ne respectent rien » ; « Le vélo, c’est dangereux » ; « La vitesse des voitures est dangereuse pour les cyclistes » - etc.
  • Traitements cognitifs des expériences vécues : « Depuis le temps, je suis à l’aise à vélo » ; « J’ai eu peur quand une voiture m’a frôlée » ; « J’ai tourné 20 minutes pour garer mon vélo en libre-service, je n’ai pas envie de recommencer » ; « La marche m’apaise » ; « J’aime lire dans les transports en commun » ; « Ma voiture est le seul moment où je peux être enfin seul » - etc.
  • Système de lieux personnels : « Il n’y a pas d’aménagement cyclable pour aller au travail » ; « Je dépose les enfants à l’école » ; « je paye un loyer plus cher en centre-ville pour être plus proche de mon travail et de ma salle de sport pour réduire mon budget mobilité » - etc.
  • Portefeuille d’accès et droit d’accès : « On m’interdit socialement de faire du vélo » ; « pas le budget pour m’acheter une voiture », « Quels efforts dois-je fournir pour m’équiper correctement à moindre frais ? » - etc.
  • Pratiques modales : « Je fais du vélo pendant les vacances » ; « Je ne sors jamais de chez moi à pied par la porte d’entrée, je sors toujours dans ma voiture par le garage », « Je me déplace qu’à vélo » - etc.

Besoins des non-cyclistes

Pour que des automobilistes envisagent de pratiquer le vélo au quotidien, cette alternative à leur déplacement doit leur sembler crédible. D’une part, ils doivent être rassurés par leur perception des cyclistes, par des témoignages, avoir envie de faire du vélo et que ce soit acceptable socialement. Ensuite, leur première expérience doit être très positive, intuitive, facile, cool, confortable ne pas subir de frein.
Sur le volet aménagement (qui n’est qu’un élément des besoins du cycliste), cela se traduit par un réseau continu et sécurisé, notamment aux intersections. Répondre au besoin des personnes en situation de handicap apporte une qualité d’usage au plus grand nombre.

Faire confiance à ses enfants à vélo

"Tous les enfants veulent faire du vélo". Cette phrase est revenue régulièrement lors des échanges. Le vélo est une source de plaisir pour les enfants en bas-âge (Programme danois des jeux vélo pour enfants), de découverte du monde et d’autonomie pour les enfants et d’émancipation pour les adolescents. Le témoignage de cet enfant danois est rempli de simplicité :

« Tu es trempé quand il pleut. Mais c’est juste de l’eau. S’il gèle, il suffit de rouler plus doucement et être plus attentif. Et en été, il suffit d’enlever sa veste et apprécier. » Source Fédération des cyclistes Danois

Une mère de famille hollandaise, dont le fils de 4 ans parcourt 3 kilomètres par jour sans sourciller, a témoigné sur le travail qu’elle a réalisé sur elle-même pour faire confiance à ses enfants, leur ouvrir les portes de leur monde et ne plus être chauffeur de taxi. Les enfants hollandais seraient-ils les plus heureux du monde grâce au vélo ? Très probablement. En ce sens, les Pays-Bas candidatent pour que « l’autonomie à vélo des enfants » soit reconnue comme patrimoine immatériel mondial de l’Unesco (comme la gastronomie française), sachant qu’il existe déjà un monument national dédié.

Les personnes en fauteuil roulant ne peuvent-elles pas faire de vélo ? Lors de Vélo-city, nous entendons le témoignage d’Isabelle Clément, dans cette situation. Elle a attendu 36 ans avant de prendre conscience qu’elle pouvait rouler à vélo. Elle a découvert un nouveau champ des possibles et a créé l’association Wheel for Well Being.
Le champ des possibles semble bel et bien être là pour tous... la question reste de s’en saisir.

- Dans le prochain article (épisode 2/2) à paraître en septembre 2017, l’auteur, Benoît Beroud interrogera le rôle que peuvent et doivent jouer les pouvoirs publics vers la pratique du vélo, en fonction de les outils à leur disposition.

Velo-city 2017 en chiffres

1 comme le roi qui a inauguré la conférence
1 500 congressistes issus de 55 pays
372 interventions (dont 13 par des français)
49 Français
71 exposants (dont 5 français)
200 volontaires
50 kilomètres aller-retour à vélo pour se rendre à la soirée de gala (pas évident au premier abord, mais normal une fois réalisé).

Les présentations sont disponibles sur le site de la Fédération des Cyclistes Européens.

La conférence Velo-city change de ville et de pays chaque année. Nantes (France) en 2015, Taïpei (Taiwan) en 2016, Nijmegen-Arnehm (Pays-Bas) en 2017, Rio de Janeiro (Brésil) en 2018 et Dublin (Irlande) en 2019.

La prochaine édition de Velo-city aura lieu au Brésil en 2018 sur la thématique de l’inclusion.