LE CONCENTRÉ D'ACTU

NOUVELLE FORMULE - n°1 // L’IKV, vraiment en selle ?

L’indemnité kilométrique vélo sur le web

L’indemnité kilométrique vélo (IKV) vient de faire son entrée dans la fonction publique. Près de 40 000 agents des ministères de l’Environnement et du Logement sont concernés par une expérimentation qui dure deux ans. Ils peuvent prétendre jusqu’à 200 euros par an pour enfourcher leur vélo sur le trajet domicile-travail. Doit-on voir ici un pas vers une « démotorisation des ménages » massive ? Après un an d’application dans le secteur privé, l’IKV ne concernerait en réalité que quelques poignées de cyclistes. Pourquoi cette nouvelle indemnité a du mal à se mettre en selle ? Tour d’horizon au fil du Web par Adeline Charvet, journaliste.

Bicycle courier

Les agents de la fonction publique à vélo

L’indemnité kilométrique vélo (IKV) fait son entrée dans la fonction publique ! Un décret, publié le 31 août et paru au Journal Officiel le 1e septembre dernier, institue une prise en charge de l’IKV pour les déplacements domicile-travail effectués à vélo par les agents des ministères de l’Environnement et du Logement. La mesure concerne 40 000 agents et se veut expérimentale, sur deux ans. « Cela devrait ainsi permettre de bien tester le dispositif en vue d’une éventuelle extension à la fonction publique », s’enthousiasme Cyticle, le journal de bord du site de vente d’accessoires lecyclo.com. L’IKV est une des mesures concrètes de la loi de transition énergétique (LTE) votée en août 2015. Elle est en vigueur pour les salariés du secteur privé depuis juillet 2015. Cette mesure prévoit d’indemniser le cycliste qui parcourt plus d’un kilomètre par jour pour se rendre au travail, jusqu’à 200€ et à hauteur de 0,25 € par kilomètre. L’engagement de l’État auprès de ses agents fait alors rêver de villes où l’air serait plus pur. Assistons-nous vraiment à l’amorce d’une révolution écologique ?

Une indemnité « timide »

En parcourant la Toile, la nouvelle nous fait rencontrer de rares optimistes. Cyticle voit dans l’expérimentation « un premier pas encourageant pour les agents de la fonction publique ». Pour le Club des villes et territoires cyclables (CVTC), « c’est une avancée importante. Le vélo est enfin considéré comme un mode de déplacement à part entière ! ». Les mêmes acteurs annoncent aussi les limites de la mesure. Le CVTC regrette que « la portée de ces mesures qui constituent des leviers puissants pour encourager l’usage du vélo a été atténuée par les règles d’application ». Cyticle relaie les propos de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) qui parle de « timide ouverture ». Cette dernière regrette que « le personnel des autres ministères, comme ceux relevant des collectivités territoriales ou de la fonction hospitalière, demeurent à l’écart ». Dans le quotidien Le Parisien, l’élu Pierre Serne (EELV), également président du CVTC, rappelle comment le décret a été revu à la baisse. « Avant l’été, la ministre Ségolène Royal (…) avait alors assuré que la fonction publique territoriale (plus de 1,8 million d’agents) serait la première concernée », témoigne-t-il. De regretter l’application à seuls deux ministères. Isabelle Lesens rapporte aussi les propos de la FUB sur son blog « Isabelle et le vélo » : « C’est l’effet de masse de l’application d’une telle disposition qui lui donnera tout son sens ». Le manque d’enthousiasme face à l’expérimentation des deux ministères tient-il aux règles du jeu de l’IKV ?

Vous payez l’IKV si vous le souhaitez !

Belgique Le premier hic de cette IKV serait son caractère facultatif. « L’IKV, qui au départ devait être obligatoire, a finalement été rendue facultative par le décret du ministère de l’environnement. Sur la recommandation de la Direction des transports qui craignait une concurrence des transports publics. L’indemnité de 25 centimes par km n’est donc perçue que par quelques dizaines de cyclistes », synthétise le journaliste du quotidien Ouest France. Pour de nombreux bloggeurs, le caractère optionnel de l’IKV, en fait un seul effet d’annonce. Pour Marcel Robert, le fondateur du site Carfree France, « dans 99,9% des entreprises, cela voudra dire tout simplement « pas d’indemnité »… Le 0,1% restant concernera quelques entreprises plus ou moins liées à l’écologie ou au vélo ». Lorsque l’on déroule la liste, même non exhaustive, des entreprises participantes publiée par l’Observatoire de l’IKV, on note qu’il n’a pas tout à fait tort. Le blocage est-il français ? « En Belgique, il a été adopté par 85 % des entreprises malgré son caractère facultatif  », illustre le Club des villes et territoires cyclables dans sa lettre d’information sur l’IKV. Mais là aussi, des améliorations sont souhaitées. On apprend sur le site du GRACQ, mouvement belge militant pour le vélo comme moyen de déplacement au quotidien, que ce dernier, avec son partenaire Fietsersbond, réclame au ministre des Finances que l’IKV nationale (0,22 €/km) devienne « obligatoire chez tous les employeurs, avec un montant minimal garanti ». Le combat est également « d’y inclure les speed pedelecs, dont l’assistance peut monter jusqu’à 45 km/h, actuellement exclus de la prime ».

Bus ou vélo : il faut choisir !

Paris Autre bémol. L’IKV concernerait très peu les déplacements domicile-travail dans les grandes agglomérations. L’offre de transports en commun y est très développée. Et l’indemnité ne s’ajoute à la prise en charge de l’abonnement aux transports en communs que sous conditions. « (Elle est) cumulable seulement sur les zones non couvertes par le titre de transport local », précise Charles Poretz, président et fondateur de Cyclez sur lexpress.fr en février dernier. Concrètement : l’IKV s’ajoute à la prise en charge par l’employeur de 50% de l’abonnement aux transports en commun que s’il n’y a pas d’alternative au vélo pour poursuivre le trajet. « Dans la pratique le coût nominal des abonnements TC étant supérieur à 200 € (annuels) le salarié qui utilise tantôt le transport en commun et tantôt le vélo a intérêt à ne pas abandonner le remboursement à 50% de son abonnement aux TC », traduit Isabelle Lesens sur son blog.

Réelle indemnité ou léger encouragement ?

Autant de conditions pour une indemnité dont le montant, plafonné à 200 euros, pour le privé comme pour les ministères, fait sourire les habitués du vélo. Les commentateurs du blog « Isabelle et le vélo » parlent de « prime d’encouragement  ». « En gros, cette indemnité me permet de couvrir les frais d’entretien et de réparation de mon vélo », témoigne un bénéficiaire de l’IKV dans le quotidien Le Parisien.

L’association Droit au vélo (ADAV), de son côté, n’hésite pas à titrer que l’IKV peut « rapporter gros ». Elle met d’ailleurs en ligne un calculateur… avec des résultats qui dépassent bien le plafond des 200€ annuels. De quoi motiver les cyclistes à revendiquer leur droit à l’IKV ? Le sénateur drômois Antoine Kraemers, apprend-on sur le blog d’Isabelle et le vélo, imagine un mode de calcul indexé sur le niveau de protection du cycliste. Il y a encore ceux qui sont diplomates. « Lorsqu’on part de peu, c’est déjà bien d’avancer d’une case. Cette année, l’indemnité est peut-être plafonnée, mais la bataille n’est pas définitivement perdue. L’an prochain, on essayera de faire sauter ce plafond. On y arrivera à l’usure. On a le pied sur la pédale et on est prêt à redémarrer », annonçait fin 2015 Alexis Bachelay, député (PS) et membre du Club des parlementaires pour le vélo, sur Libération.fr.

Des cyclistes plus assidus au travail

bike work C’est certain, le coût de l’IKV pèse dans la balance de son application pour les employeurs. Jusqu’à 200€, la participation est exonérée de charges. Par contre, « si l’employeur verse au-delà de ce plafond annuel, il doit payer des cotisations sociales sur la part dépassant le plafond », rappelle l’ADAV. « On aurait préféré que la mesure soit obligatoire et que le plafond d’exonération soit plus haut, mais ça va dans le bon sens. Malgré tout, les entreprises doivent comprendre qu’elles peuvent en retirer des bénéfices », défend sur le site de ladepeche.fr en mars 2016 la secrétaire générale du des villes et territoires cyclables (CVTC), Véronique Michaud. Face aux préoccupations pécuniaires, l’Observatoire de l’IKV (lancé par le CVTC et l’Ademe) a publié un argumentaire sur quatre pages énumérant les bénéfices du vélo dans les entreprises. Le document cite par exemple une étude danoise. L’absentéisme des salariés se rendant à vélo au travail serait 15% moins important que pour ceux qui se déplacent avec un autre mode de transport. Arrivent les bénéfices sur la productivité des travailleurs ou leur bien-être au travail.

Aller au travail à vélo… et se garer ?

En parcourant la Toile, on comprend que l’IKV ne peut fonctionner sans un écosystème favorable. « Un inventaire des places de stationnement pour les vélos est lancé pour accompagner l’application de cette avancée pour les transports propres », précise la Ministre Ségolène Royal sur le site de l’Union des transports publics et ferroviaires Mobilicités. Pour le CVTC, l’IKV n’est pas « une fin de soi » : « Pour qu’elle soit efficiente, il est nécessaire de la promouvoir et d’accompagner les cyclistes dans le changement de leurs pratiques », lit-on dans sa lettre d’information.

Et il n’y a sans doute pas que du côté des cyclistes que les pratiques sont à changer. A ceux qui n’enfourchent jamais de bicyclette, il suffit de jeter un œil au témoignage d’un Parisien lors de la Journée sans voiture. « Il y avait clairement plus de piétons, cyclistes et rollers que d’habitude, mais ils se réfugiaient… sur les trottoirs ! (…) Les véhicules motorisés tachaient d’effrayer les non-motorisés », raconte-t-il, vidéos à l’appui. De quoi rappeler que les réels enjeux de l’IKV ne touchent pas seulement aux finances.


par Adeline Charvet, Journaliste indépendante adelinecharvet.presse@gmail.com aussi sur Linked In.


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