LE CONCENTRÉ D'ACTU

Les ventes de vélos grimpent : Savez-vous pourquoi ?

3 millions de vélos vendus en 2016 en France.
Ces chiffres sont tombés le 7 avril dernier.
Depuis, ils n’ont pas arrêté de faire parler d’eux sur la Toile.
On cherche le responsable d’un tel score ! Où est-il ?
La séduction du vélo à assistance électrique (VAE) ? Les aides à l’achat ? Des politiques cyclables en progrès ?
Voici notre revue de presse du Web sur le sujet.

« Les Français ont ainsi acheté plus de 3 millions de vélos en 2016, soit 1,3 % de plus que l’année précédente, pour un budget moyen de 337 € », publiait encore il y a quelques jours le titre économique Les Echos. Les chiffres ont été dévoilés le 7 avril par l’Union sport & cycle lors de sa conférence annuelle qui « se déroulait dans de prestigieux salons de réception de l’ouest parisien », précise Olivier Razemon sur son blog du Monde. Quid de cette « Union » ? « Elle regroupe 1 400 entreprises du secteur économique des articles et équipements de sport, de loisirs et du cycle et de la mobilité, totalisant plus de 500 marques, 11 milliards de chiffre d’affaires et 80 000 salariés. », décrivait Filieresport.com en novembre dernier, annonçant la création de ce nouveau syndicat professionnel. « Nous avions déjà connu ce niveau en 2010, remarque Jérôme Valentin, le directeur général de Cycleurope (Peugeot Cycles, Gitane, Bianchi…) et coprésident de l’Union sport & cycle. En revanche, pour la première fois de notre histoire, le chiffre d’affaires du secteur a dépassé le seuil du milliard d’euros pour la seule vente de vélos. C’est une croissance de 6,4 % ! », lit-on sur LeMonde.fr.

130 000 vélos électriques vendus

Où se trouve le responsable d’une telle ascension ? « Ce sont les vélos à assistance électrique qui ont tiré la croissance du marché avec plus de 130 000 unités vendues, en progression de 33 % », annoncent Les Echos. « C’est une croissance phénoménale, bien plus forte que celle du VTT dans les années 1990, juge Denis Briscadieu, le patron de Cyclelab et vice-président de la Commission cycles créée par les organisations professionnelles. A l’époque, le VTT avait complètement relancé le secteur. Désormais, c’est le VAE qui régénère le marché », lit-on sur LeMonde.fr.

Les Echos poursuivent : « Cette tendance devrait s’amplifier cette année avec la subvention de 200 € accordée par le Ministère de l’environnement à tout acheteur de vélo à assistance électrique jusqu’à fin janvier 2018. » Ils voient juste. « Les aides à l’achat des VAE sont victimes de leur succès, 1000 demandes arrivent chaque jour de la semaine, 23 000 subventions ont été accordées depuis le début de l’année alors qu’ils avaient estimés qu’ils en accorderaient 37 000 par an (l’objectif sera dépassé) », a annoncé la semaine dernière Sylvie Banoun, déléguée interministérielle au vélo et à la marche, lors du Congrès de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), reprise par Isabelle Lesens sur son blog. Un mois plus tôt, le site du gouvernement annonçait modestement que « depuis l’ouverture du portail internet dédié au « bonus vélo », plus de 15 000 demandes ont été enregistrées par l’Agence de services et de paiements (ASP) ».

Le succès du VAE tient-il seulement aux subventions ?

« Il y a incontestablement un effet prime », confirme-t-on chez Wayscral, « le numéro un du secteur », selon LeMonde.fr. Mais pas seulement. Outre-Atlantique, l’élan du marché du VAE interroge aussi. Sur Lactualite.com, site de l’hebdomadaire québécois du même nom, le journaliste partage :

« Au Québec, le gouvernement provincial a amélioré en avril dernier le programme d’aide financière Roulez électrique pour inclure… les scooters. Mais les bicyclettes, elles, demeurent en reste. Cela n’a pas empêché Vélo Branché par Quilicot (NDLR, nom d’une boutique de vélos à Montréal) de voir son chiffre d’affaires bondir de 40 % en un an, note Marc-André Lebeau. Plus que jamais, l’entrepreneur est sûr du potentiel du marché et tente de me convaincre en me faisant essayer modèle après modèle. »

Des « primes », en France, il y en a aussi de manière décentralisée. L’exemple lillois revient plusieurs fois ce mois-ci sur la Toile. « Depuis le 1er avril, les habitants de l’agglomération lilloise peuvent bénéficier d’une aide financière mise en place par la Métropole européenne de Lille (MEL) pour l’acquisition d’un vélo neuf », annonce 20Minutes.fr. « La MEL rembourse donc 25% du prix d’achat d’un vélo à son acheteur. Ceux qui souhaitent investir dans un vélo classique neuf peuvent jouir d’une aide de 150 euros maximum. Pour l’achat d’un vélo électrique, elle est de 300 euros au plus », précise Citycle. L’effet semble immédiat, et pas forcément tourné vers l’électrique, selon la journaliste de 20Minutes.fr qui a récolté des propos enthousiastes chez une grosse enseigne :

« Avant on vendait deux à trois vélos par semaine. Depuis la mise en place de cette aide, en dix jours on en a vendu quinze(...) « On a multiplié nos ventes par cinq ».

Les VTT, toujours en têtes des ventes

N’y a pas que le vélo à assistance électrique à booster les chiffres de vente de vélos ? « Les VAE ne représentent à ce jour que 4% des ventes en France, mais augmentent régulièrement depuis 10 ans. En Belgique c’est 39%, 29% aux Pays-Bas et 15% en Allemagne », replace Isabelle Lesens. « Les VTT restent néanmoins le principal segment du marché avec près de 930 000 unités commercialisées l’année dernière, en hausse de 7 % », relativisent Les Echos.

Le chiffre d’affaires du vélo en France grimpe donc. « Tout le monde est content, les détaillants, qui vendent les vélos les plus chers et dont les prix montent, et les enseignes multi-sport, grâce aux vélos d’entrée de gamme vendus jusqu’à moins de 300 € (prix moyen 219 €) et dont on se félicite qu’ils facilitent l’accès au vélo », publie Isabelle Lesens.

Doit-on féliciter les industriels de rendre la France plus cyclable ?

« Pas un mot sur les vélos d’occasion, qui participent aussi à l’accès au vélo, c’est normal, nous sommes dans le secteur industriel », réagit la bloggeuse. « Une industrie du vélo en forme ne fait pas une politique cyclable », titre clairement Olivier Razemon sur son blog du Monde, le jour de la sortie des chiffres. Avant d’expliquer :

« On vend certes davantage de vélos neufs et à un prix plus élevé que ces dernières années, mais ces bicyclettes ne servent pas tant à traverser la ville qu’à établir des performances contre la montre ou à dévaler des chemins creux. (…) Seules environ 15% des montures neuves sont estampillées « vélos de ville ». (…) (...)Le manque d’intérêt de l’industrie pour les trajets quotidiens se devine dans les commentaires de ses responsables, prompts à faire des « pistes cyclables » leur priorité et du casque un préalable à la sécurisation des trajets. (...) »

Les « industriels » formulent des suggestions depuis les « prestigieux salons de réception » d’où ils lancent les excellents chiffres. Des suggestions mises en perpective par Olivier Razemon :

« Pour Denis Briscadieu, vice-président de la Commission cycle et mobilité active d’Univélo et PDG de Cyclelab, la pratique quotidienne « va repartir s’il y a des pistes cyclables et si les enfants vont à l’école à vélo, comme aux Pays-Bas, avec un casque ». Sauf qu’aux Pays-Bas, justement, l’immense majorité des adultes, et une bonne partie des enfants, ne porte pas de casque. »

L’espoir de respirer un air plus pur ?

Les bons chiffres sur l’équipement des Français en vélos doivent-ils laisser penser que les voitures vont rester au garage ? Le cycliste écologiste doit-il sortir avec joie de sa rencontre virtuelle avec les industriels ?

Pas tout à fait s’il suit le raisonnement du blogueur du Monde :

« Pour l’industrie du cycle (...) le vélo du futur est forcément connecté, haut-de-gamme et partagé. « Le plaisir de monter le Galibier avec un peu d’aide », s’enthousiasme M. Valentin. On partagera volontiers sa joie, mais cela n’aura aucun effet sur la pollution au diesel. »

Car, si le vélo grimpe avec un élan nouveau, il n’est pas le seul. « Le marché automobile français a repris des couleurs en mars en bondissant de 7% », annonce le 1e avril Le Parisien, sans rire. Il ne fallait peut-être pas s’aventurer si loin sur la Toile, rester avec l’idée que le vélo se porte à merveille, que le VAE rendra la France cyclable. « Tout le monde est content », a bien écrit la blogueuse.

Par Adeline Charvet, journaliste, chargée de mission Information, à Pignon sur Rue, maison du vélo et des modes actifs. Contact.

Photos : licence CC0