LE CONCENTRÉ D'ACTU

En prenant sa place dans nos rues, le vélo mute-t-il ?

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Le vélo est tendance, l’imagination s’envole ?

Ce mois-ci, LE CONCENTRÉ D’ACTU se penche sur les nouvelles formes du vélo urbain. On le lit partout, le vélo occupe de plus en plus de place dans les villes occidentales. En suivant l’actualité au fil du Web, on y rencontre la bicyclette classique bien sûr. On croise aussi le vélo à assistance électrique (VAE) dont l’usage grimpe ou toutes sortes de cycles innovants. En prenant des airs urbains, la bicyclette deviendrait-elle alors tendance, occupant alors un nouveau filon de la mode, voire même du superflu ? Tour d’horizon au fil du Web.

« Le trafic vélo s’envole ! »

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Le vélo, tendance ?

Le vélo prend une fière place dans nos villes, aucun doute. Avec des variations. « La ville pionnière, c’est Strasbourg avec 15% de trajets à vélo », rappelle Florence Griffond sur le plateau de France 2, reprise sur le site France Info TV.

« Toutes les capitales pratiquent la même politique depuis une dizaine d’années : du vélo, du vélo et du vélo ! C’est moderne, ça fait faire de l’exercice aux citadins et ça réduit automatiquement la place de la voiture »

C’est comme cela qu’Anthony Bélanger démarre sur France Inter.

« L’utilisation du vélo avec un environnement approprié peut atteindre une part importante de la répartition modale », conclut un rapport européen paru en octobre et relayé par la Fédération européenne des cyclistes (ECF). En illustration, les chiffres lyonnais ont largement circulé sur les blogs et les réseaux sociaux. « Le trafic vélo s’envole ! », titre-t-on sur le site Carfree. Le collectif militant Valve partage avec enthousiasme les relevés du trafic cycliste sur l’agglomération, chiffres à l’appui : +15% par an depuis 6 ans, 370% en 10 ans.

La bicyclette devient urbaine. Alors, à toute allure, son look, ses tendances, ses accessoires suivent les métamorphoses de son environnement, des métropolitains qui l’enfourchent.

Feu la basique bicyclette ?

Le rédacteur de weelz.fr, web magazine sur le vélo urbain, partage ses trouvailles lors du salon Autonomy 2016. Les noms courts et sympathiques se succèdent pour apporter leur touche innovante. Il y a Vepli, « un pliant AE, cette-fois avec moteur pédalier et capteur de couple », Kiffy, un cycle cargo avec deux roues à l’avant ou BicyLift, « une remorque vélo robuste, normalisée aux dimensions d’une palette, et capable de soulever celle-ci de manière extrêmement simple et en quelques secondes, évitant ainsi une manutention via un fenwick ou un trans-palette ».

L’assistance électrique rend « fan de la pédale »

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Quand l’électricité assiste le corps.

Ne faisant plus office de prototype, le vélo à assistance électrique (VAE) continue de noircir le plus les pages du Web ce mois-ci.

« Le deux-roues à moteur remplace la deuxième voiture dans les foyers »

C’est ce qu’annonce une journaliste du site d’actualité économique suisse Bilan dans son article intitulé « Les Suisses fanatiques de vélos électriques ». « En 2015, un vélo sur cinq vendus en Suisse était un modèle électrique », selon Vélo Suisse, l’association suisse des fournisseurs de bicyclettes. Pour la journaliste de Bilan, « le vélo électrique a séduit toute une nouvelle clientèle qui désire se déplacer de la manière la plus pratique plutôt que pédaler pour faire du sport. ».

D’appuyer la donne par des chiffres :

« 350  000 vélos électriques roulent dans le pays, où quelque 80 fournisseurs réalisent près d’un milliard de francs de chiffre d’affaires ».

De notre côté des Alpes, « Les Français sont fans de la pédale ! », pointe la version Web du magazine économique Entreprendre.« Il s’est en effet écoulé 100.000 VAE l’an dernier (contre 70.000 l’année précédente). Une progression de 30% en un an qui fait saliver les acteurs du secteur, alors que le VAE représente seulement 4% du marché hexagonal ! ». Dans le même article, Jérôme Valentin, président de l’Union nationale de l’industrie du vélo, confirme : « Le marché est porteur avec une très forte marge de progression, 20% d’ici 10 ans ». Les circuits de vente ouvrent l’univers cyclable. « Les centres automobiles sont devenus un canal de distribution, vendant 20% du volume total de VAE en France. Certains lancent même leur propre modèle, à l’image de Feu Vert qui propose son VAE « So Frenchy » depuis février », rapporte Entreprendre.

« Un vélo (…) qui n’est plus réellement un vélo »

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Il roule à 45 km/h, un vélo ?

A nouveaux utilisateurs, nouveau rythme de vie… et de déplacement. Le magazine weelz.fr, revient sur le « vélo électrique rapide, pedelec ou encore speedbike », « un "vélo" à assistance électrique, non bridé, et donc capable d’atteindre 45 km/h, mais qui n’est plus réellement un vélo ».

De quoi faire philosopher un brin le rédacteur du magazine, Xavier Cadeau :

« L’ homo-consommatus est ainsi. Donnez-lui des murs, il voudra un toit, donnez-lui des souliers, il voudra courir. Le beurre et l’argent du beurre. Nous voulons toujours plus et mieux. ».

Il semble vouloir rassurer le lecteur cycliste : « seulement 321 speedbikes ont été vendus et immatriculés en France en 2015 ».

Un vélo de marche rapide, la nouvelle tendance ?

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Le lopifit, marcher à fière allure.

Quand un marché s’ouvre, les idées se déchaînent. La chaîne télévisée d’informations LCI diffuse dans son émission chasseuse de tendances une chronique sur une nouvelle forme de vélo, le Lopifit. Voilà un « vélo de marche rapide » à assistance électrique, sans pédalier. L’impulsion est donnée en marchant sur un tapis, comme en salle de fitness.

Sur la vidéo diffusée dans l’émission, les utilisateurs flottent dans les rues avec élégance. La mobilité douce semble appartenir à la jeune classe dirigeante. Le site du quotidien suisse Le Matin annonce aussi la nouveauté. Avec un ton optimiste, appuyé par les propos de la coordinatrice de l’association Lausanne Roule :

« La tendance actuellement est au vélo électrique, un tel engin peut donc se faire une place. »

On apprend aussi sur le titre suisse, qu’à Paris, « un montant de 400 euros est versé aux nouveaux utilisateurs d’un Lopifit ». Plus de signe de vie du vélo classique qui roule en tout temps à la force des cuisses et des mollets ?

Le pro de la vie en kit revoit ses classiques

Et bien si. Innover à partir du basique, c’est ce que fait l’hyper magasin d’ameublement suédois. Face à l’engouement pour le vélo urbain, Ikea s’est mis au vélo... en kit, vous l’aurez deviné. La jeune équipe du Huffington Post, pure player partenaire du groupe Le Monde, a testé la bête au doux nom de Sladda. Cette dernière n’est pas banale pour un Français : freinage par rétropédalage, frein avant à disque - « Une méthode en vogue, phénomène fixie oblige », note le journaliste, et pas de chaîne. La marque suédoise a semblé vouloir suivre le standing des VAE en affichant un prix proche de ces derniers, soit 750 euros pour les non-membres de l’enseigne.

« Simplement besoin d’un guidon, de pédales et de deux roues »

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La bicyclette, feu la formule basique ?

En réaction à ces tendances, le magazine Weelz semble avoir envie de faire une pause, de retrouver les deux roues et leur simplicité. Son rédacteur se penche d’abord sur les bienfaits pédagogiques de la draisienne, « de plus en plus répandue en France » et comme idée cadeau à placer sous le sapin pour « former la nouvelle génération de cyclistes urbains ». Il prend ensuite position face aux nouveautés qui déferlent dans nos rues et salons. Il écrit :

« La pratique du vélo au quotidien n’a ni besoin de gadgets technologiques, ni d’objets électroniques complexes et encore moins d’assistance motorisée ; simplement d’un guidon, de pédales et de deux roues. »

Ce qui est vrai, sans aucun doute. Enfin, ironie de notre monde, au moment où le vélo prend des allures chics et tendance dans nos métropoles, en Afrique, il reste le signe de la pauvreté.

« Faire du vélo revêt une mauvaise image car l’usage des voitures a toujours été associé à un statut social élevé, comme héritage de la colonisation. »

C’est ce que fait ressortir le tchèque Martin Tušl, sur le site de l’ECF, à propos d’un rapport des Nations Unies paru en septembre 2016 sur la marche et l’usage du vélo. En illustration de l’article, une famille africaine sur un seul vélo, soit six passagers… mais seulement un guidon, deux pédales et deux roues.


Une revue de presse réalisée par Adeline Charvet, journaliste. Contact.