Chine : Feu le royaume de la bicyclette ? (Épisode 3/3)

Le choc dès la sortie de l’aéroport

Pour rejoindre mon hôtel depuis l’aéroport de Shanghai Pu Dong, j’ai pris l’autocar. Pendant 10 minutes, je ne savais toujours pas si la règle était de rouler à droite ou à gauche tant le conducteur de l’autocar semblait prendre plaisir à zigzaguer. Au final, les Chinois roulent bien à droite contrairement aux Japonnais que je venais de quitter.

Chine_1

J’ai été très rapidement abasourdi par l’enchevêtrement d’autoroutes aériennes, pire que celui depuis les aéroports d’Orly et Charles-de-Gaulle à Paris. Cet environnement est devenue anxiogène pour moi, une sorte de paroxysme de l’urbanisme "tout voiture" bien loin de l’image apaisante des temples, du thé et du Qi Gong.

Des voies de 4 mètres de large pour les deux-roues

À travers les rues que j’ai parcourues, j’ai trouvé que celles-ci étaient souvent très larges. Cela permet alors de séparer les trafics des voitures et des deux-roues (photo ci-dessous à gauche).

Chine_2

Chine_3

Chine_4

Les pistes dites « cyclables » sont réservées à l’ensemble des deux-roues. Il n’y a pas vraiment de distinction entre les vélos et les scooters. Les quelques cyclistes observés sont des personnes âgées qui vont très lentement. Les autres usagers sont sur des scooters électriques, des e-bikes, nommés (à tort) "pédelecs" (photo ci-dessus au milieu).

Toutefois, les cyclistes existent toujours, comme en atteste ces vélos garés devant l’université de Tongij ( (photo ci-dessus en bas).

Des tourne-à-droite au feu rouge pour tous les véhicules

Les feux tricolores sont généralement situés après l’intersection comme au Japon et aux États-Unis. Les automobilistes ont alors intérêt à avoir une bonne vue. Alors que la France a dernièrement mis en place le "tourne-à-droite" cycliste au feu, il semble que la règle soit intuitive pour tous les usagers. Ici, le feu rouge ne signifie pas « arrêt obligatoire » quelque soit le mode utilisé.

La Chine : leader mondial des vélos publics

La Chine représente le premier marché des vélos publics dans le monde. Fin 2015, 251 villes chinoises disposaient d’un service de vélos libre-service (VLS). Et il y avait plus de vélos publics dans les rues chinoises que dans le reste du monde (Source).

Hangzhou, agglomération d’environ 9 millions d’habitants, dispose du système de vélos publics le plus grand du monde avec plus de plus de 66 000 vélos répartis sur près de 2 700 stations. L’objectif est d’atteindre 175 000 vélos dans 6 ans ! Pour rappel, le Vélib’ parisien, c’est environ 20 000 vélos pour 1 800 stations. Et c’est en Chine, à Jincheng, que se trouve la plus large flotte de vélos publics à assistance électrique (VAE). Cette ville en compte 3 000 qui complètent les 5 000 vélos traditionnels. Depuis la route, les automobilistes ne peuvent pas voir les vélos, car cachés derrière un immense espace publicitaire.

Chine_5

Le nom du leader mondial des vélos publics en termes de flotte et services exploités commence par un « J ». JC Decaux ? Non. C’est la compagnie publique Jin Tong Science and Technology dont le siège est basé dans les bureaux de la régie des transports publics d’Hangzhou. La visite de son musée démontre sa capacité à s’inspirer de tous les autres systèmes existants à travers le monde. D’ailleurs, le système de Hangzhou rappelle les Vélib’ parisiens.

La publicité, un fléau dans les taxis et transports en commun

Que ce soit dans le taxi, sur la route, dans les transports en commun ou à vélo, le temps de cerveau disponible est bien récupéré en Chine par les publicitaires ! Dans les taxis, une protection en plexiglass entoure le siège du conducteur, certainement pour le protéger d’une éventuelle agression. Chine_6 Et quand on est assis à l’arrière, on a le bonheur d’avoir devant soi, sur le dos de l’appui-tête du passager des espaces publicitaires statiques ou dynamiques (photo ci-dessus à droite). Les stations de vélos publics servent d’espace publicitaire. Et sur certaines portions du métro, des écrans sont disposés sur les murs des tunnels entre les stations. Résultats, la publicité avance en même temps que le métro (photo ci-dessus à gauche ). Sidérant !

Des transports en commun efficaces

Les Jeux Olympiques de 2008 et l’Exposition Universelle 2010 ont marqué le développement du réseau de train à grande vitesse. Et comme les Chinois ne font pas dans la dentelle, les gares de Shanghai et de Hangzhou ressemblent plus à des aérogares. Le réseau étant neuf, il semble très bien fonctionner malgré un accident mortel à son inauguration en 2011. Que ce soit dans les stations de métro ou les gares, les bagages sont systématiquement passés au scan via un tapis roulant.

Une Asie hétéroclite

Le développement économique de la Chine s’est traduit par une politique pro-voiture, voire anti-vélo, au détriment de la qualité de l’air. Une amie qui vit à Shanghaï m’a confié regarder tous les jours l’indice de qualité de l’air avant de planifier ses déplacements tant il explose les normes.

Ce périple asiatique dans les grandes métropoles fut furtif mais riche d’enseignements. Si la Chine a perdu une partie de sa culture du vélo au détriment des modes motorisés, le Japon conserve une pratique régulière élevé du vélo malgré le peu d’infrastructures mais grâce à une forte régulation du stationnement voiture. Taïwan, pourtant premier pays producteur de vélo au monde, se dit que le vélo c’est peut être pas si mal mais il ne faut pas toucher à la voiture non plus. En terme d’orientation, ces trois pays fournissent généralement des informations très lisibles et logiquement positionnées sur les flux de circulation.

Pour aller plus loin

Sur la Chine :


Relisez les derniers épisodes du périple en Asie de l’auteur :


Auteur de cet article et crédits photos : Benoit BEROUD (@Mobiped, www.mobiped.com)