LE CONCENTRÉ D'ACTU

Boulangers, plombiers, médecins : Que font-ils sur un vélo ?

En ville, des coursiers à vélo jaillissent à tous les coins de rues, des vélotaffeurs appuient sur la pédale pour arriver à l’heure. L’utilisation du vélo au travail reste peu répandue. Mais en marge, des artisans et petits entrepreneurs enfourchent vélo-cargo ou vélo-pliant pour rendre visite à leurs clients. Le sujet a fait le tour du Web ce mois-ci, le Concentré d’Actuvélo en a tiré le meilleur.

Plombike rouen plombier

La star des entrepreneurs à vélo sur la Toile ces dernières semaines, c’est Thomas Olivier, 40 ans - alias Plombike. Avec un look hipster filé jusqu’à son vélo cargo noir, ce plombier à vélo de Rouen, vient de se lancer grâce à une campagne de financement participatif. « Au revoir la camionnette habituelle du plombier, place au vélo ! », ouvre Normandie Actu à son propos.

Les coursiers avaient déjà pas mal retenu l’attention des médias cet automne en raison de leurs conditions de travail. Les chiffres sur les trajets domicile-travail ont aussi bien occupé la Toile en janvier. Place cet hiver à un nouveau rapport entre vélo et entrepreneuriat.

« Les coursiers sont talonnés par des artisans de tout poil qui eux aussi, ont la pédale qui les démange. Comme ce cordonnier de la rive droite qui aura besoin de faire la navette avec sa nouvelle boutique rive gauche. Ou encore cette entreprise de nettoyage de vitres »

Voilà ce que nous annonce le titre local Paris-Normandie sur « l’envolée des entrepreneurs à vélo » à Rouen.

Qu’est-ce qui motive alors un plombier à rouler à vélo au secours de ses clients ?

Le cultivateur : « Les fondateurs ne voulaient pas dépendre des énergies fossiles »

Crédit : Chronovelo

« Je ne suis pas cycliste, confie l’ex-motard. Je fais ça pour l’éducation des enfants. S’ils font un jour le choix du vélo plutôt que d’une voiture supplémentaire, ce sera déjà ça. », partage-t-il sur Paris-Normandie. Le souci de polluer moins lors des déplacements professionnels est évidemment présent. « Mon travail de plombier reste le même, le vélo apporte le coté écologique et fun », lit-on du même artisan sur un autre titre local, Tendance Ouest. Le sujet est repris par Le Figaro économie qui dresse une galerie d’entrepreneurs à vélo. « Boulangerie, plombier, bus scolaire : ils se mettent tous au vélo », titre le quotidien national. Il décrit, à propos de déménageurs en triporteur : « C’est une alternative écologique aux camions de déménagement. Cette initiative canadienne est arrivée à Paris en 2012 avec l’association Cartons plein. » Il présente ensuite la boulangerie biologique La Miecyclette, à Lyon, qui « applique la logique écologique jusqu’au bout. En plus de fabriquer des pains au levain naturel la boulangerie assure les livraisons... en vélo. »

Même voix pour PermaFungi, cultivateur de champignons dans du marc de café récolté à vélo à travers Bruxelles.

« PermaFungi se base sur l’économie circulaire. Les fondateurs ne voulaient pas dépendre des énergies fossiles. C’est pour ça qu’on fait tout à vélo. »

C’est ce qu’explique Louis, étudiant en agronomie et stagiaire dans l’entreprise, au bloggeur de Brusselsbybibke.com.

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Crédit : Cycl’Osteo

L’élan écolo était déjà sur Citycle, au Printemps dernier, à propos de Cycl’Osteo, trois jeunes ostéopathes à vélo à Toulouse, Paris et Bordeaux : « Si ce moyen de transport est évidemment très pratique, ils ont d’abord fait ce choix de déplacement dans une optique de préservation de l’environnement. C’est pourquoi en près de six mois, ils ont déjà pédalé plus de 1000 kilomètres. »

La fibre écolo s’étend à l’envie de vivre autrement. « Je me suis réapproprié le temps », témoigne le plombier hipster à Paris-Normandie, « installé à son compte après dix ans de salariat ». « Je voulais me rapprocher des gens, faire un service de proximité », confie l’homme du moment sur le sujet à Tendance Ouest. « Vélo et remorque ou encore cargo-bike, c’est désormais ainsi que ces nouveaux cyclistes se déplacent, avec souvent tout leur matériel et leur bonne humeur, pour le plus grand plaisir des clients », commente le blog Citycle, enthousiaste.

Le médecin : « Je ne perds pas de temps à trouver une place de parking quand je vais voir des patients »

Aurel B., coiffeuse

Quand il s’agit de se déplacer en ville, l’argument pratique s’affiche aussi bien sûr.

« Cette solution permet au plombier de se garer plus facilement que les voitures (en centre-ville notamment) et de réduire le temps de transport vers l’intervention. »

C’est ce que retient Le Figaro de Plombike. « Pour ces professionnels, l’avantage du vélo est grand. Fini l’utilisation de la voiture, les problématiques de stationnement et même l’attente dans les bouchons : tout cela est révolu ! », appuie Citycle.

C’est aussi l’histoire de Koen, « médecin cycliste au quotidien » à Bruxelles, racontée sur le blog Brusselsbybibke.com. « L’avantage du vélo est de savoir qu’on sera en x minutes du point A au point B. (...) Et puis je ne perds pas de temps à trouver une place de parking quand je vais voir des patients. (…) A vélo, on a la liberté de choisir les rues par lesquelles on passe. Il y a peu de rues dans lesquelles on ne peut pas rouler », déclare le médecin.

Le plombier : « Cela joue sur la facture des clients »

« Beaucoup d’entrepreneurs viennent nous voir pour de petits déplacements au cœur de la ville. Le vélo-cargo est une solution qui offre bien des avantages : assurance moins chère, pas de problème de stationnement, zéro frais de carburant... C’est pour toutes ces raisons, financières et pratiques, que les entrepreneurs franchissent le pas. (..) Il y a plein de petits métiers comme ça qui remplacent l’utilitaire par le vélo-cargo (…) »

C’est ce que raconte Adrien Dracon, l’un des fondateurs d’un atelier de réparation, à Rouen, dans l’article de Paris-Normandie.

Au quotidien, pour les artisans, le vélo est donc écolo, pratique… et moins cher bien sûr.

Pour Elian, Cyclo Plombier parisien présenté par Citycle, c’est « un véritable avantage pour les clients d’autant plus que cela joue sur leur facture. En effet, au delà de faire un geste pour la planète, le prix moins cher du déplacement est répercuté sur la prestation. »

L’élue : « Le vélo est devenu un vecteur économique lié à son image positive »

Le collectif Les Boîtes à Vélo, à Nantes

« On voit bien que le vélo est devenu un vecteur économique lié à son image positive. Jusqu’à présent, son usage comme mode de transport utilitaire était cantonné à la livraison. L’exemple du collectif vélo-porteur nantais Les boîtes à vélo [qui regroupe 25 entrepreneurs, NDLR] montre qu’il y a la place pour différents business. Nous avons la chance à Rouen d’avoir une demi-douzaine d’acteurs qui se parlent entre eux. Cette communauté est utile car elle fait pression sur nous, donne l’exemple et ouvre la possibilité de développer l’entreprenariat à vélo. »

Ce sont les propos de Cyrille Moreau, vice-président (EELV) de la Métropole Rouen Normandie, interrogée dans Paris-Normandie.

Rouler à vélo est donc clairement aussi un bon moyen de faire sa promo.

« C’est très chouette. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de communauté. On se fait signe. Et puis les gens regardent le vélo et posent des questions. L’aspect visuel du vélo est important : il est vert et nous portons un casque jaune ».

C’est Louis qui raconte sur Brusselsbybibke.com. « L’idée du vélo est aussi de faire connaître le projet. Il faut donc le rendre visible. L’équipe vient de se procurer un second vélo. Tous deux sont utilisés pour aller chercher le marc mais aussi pour livrer les champignons frais. »

« L’idée séduit, le bouche-à-oreille fonctionne »

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Campagne Plombike

La touche vélo, c’est aussi sans doute ce qui aura convaincu les donateurs de la campagne de financement participatif lancée sur Ulule par Thomas Olivier. « L’idée séduit, le bouche-à-oreille fonctionne : en un week-end, quelques jours avant la fin de la collecte, il arrive à faire financer son projet pour un montant de 5 366 euros. Parmi les contributeurs, la moitié sont des proches, un quart des passionnés de vélo qu’il côtoie, le reste de parfaits inconnus. », rapporte Normandie-Actu.

Fonctionner à vélo pour les petits entrepreneurs est bel et bien une nouvelle manière d’entreprendre. Revendiquée et bien fondée, nous l’avons lu. Les grands sauront-ils se saisir de ce modèle donné par les petits ?

Peut-être écrirons-nous un Concentré d’Actu sur des multinationales qui se sont saisi du vélo ! En attendant, les petits sont là. Les clients sont rois et ils ont le choix de leurs petites reines.


Par Adeline Charvet, journaliste, chargée de mission Information, à Pignon sur Rue, maison du vélo et des modes actifs. Contact.


Crédits photos (dans l’ordre d’apparition) : Thomas Olivier/Plombike - Chronovélo - Cycl’osteo - Aurel B. (coiffure) - Les Boîtes à vélo - Thomas Olivier/Plombike.

Merci aux auteurs de ces photos des droits de publication qu’ils nous ont accordé pour cette revue de presse du Web.