Le Concentré d'Actu

VAE : le bonus de l’État aura-t-il servi à quelque chose ?

La prime de l’État pour l'achat d'un VAE n'existera plus à partir de fin janvier 2018. Ce bonus à peine lancé aura-t-il servi à quelque chose ? Concentré d'Actu n°13. Notre revue de presse au fil du Web

« La min­istre des trans­ports, Elis­a­beth Borne, a annon­cé mar­di 10 octo­bre qu’un ‘nou­veau dis­posi­tif de sou­tien’ à l’achat d’un vélo à assis­tance élec­trique serait ‘imag­iné’ en 2018, à la suite de l’annonce récente de la fin de la prime en févri­er. »
Ras­sur­ant. C’est comme cela que démarre l’article du Monde con­sacré à la fin du bonus de l’État.

Cela fai­sait moins d’un an que le bonus réjouis­sait les uns et les autres. On se sou­vient du décret insti­tu­ant l’aide de 200€ tombé en févri­er dernier, salué « par pas moins de sept struc­tures nationales dans un com­mu­niqué com­mun », notait Olivi­er Raze­mon dans son blog du Monde.

Le bonus si vite retiré de sous notre nez aura-t-il quand même régalé du monde ?

« Le nombre de bénéficiaires devrait monter à 250 000 »

« Le bonus avait déjà été action­né 150000 fois fin sep­tem­bre. S’il était util­isé dans les mêmes pro­por­tions au cours des prochains mois, le nom­bre de béné­fi­ci­aires devrait mon­ter à 250000. Au total, 50 mil­lions d’euros auront donc été ver­sés en un an au titre du ’ bonus VAE’ », rap­porte Olivi­er Raze­mon sur son blog du Monde.
Ce bonus aura notam­ment équipé les retraités, note-t-on, en suiv­ant l’analyse du chroniqueur qui a épluché l’étude du Cere­ma, Cen­tre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobil­ité et l’aménagement :

Les retraités con­stituent de loin le prin­ci­pal groupe de béné­fi­ci­aires, 46%, alors qu’ils représen­tent 27% de la pop­u­la­tion totale. Suiv­ent les « cadres et pro­fes­sions intel­lectuelles supérieures » (19%, mais 9% de la pop­u­la­tion) et les employés (17%, pour 16%). Les ouvri­ers (13% de la pop­u­la­tion) ne for­ment que 3% des béné­fi­ci­aires.

« Dans 61% des cas, le trajet effectué en VAE aurait mobilisé un véhicule motorisé »

Il aura aus­si un brin dégagé nos routes de moteurs vrom­bis­sants : « Dans 61% des cas, le tra­jet effec­tué en VAE aurait mobil­isé un véhicule motorisé. »
Le ratio n’est pas tout à fait le même au bilan d’une expéri­men­ta­tion menée par Vel­ogik qui a accom­pa­g­né 70 volon­taires à se déplac­er avec un vélo à assis­tance élec­trique plutôt qu’en voiture. Il se place mal­gré tout dans la même direc­tion : « Résul­tat, 4 per­son­nes sur 10 souhait­ent moins utilis­er leur voiture, 4 autres souhait­ent acheter un VAE », rap­porte Mobilic­ités.

« 84 % s’en servent pour faire de l’exercice physique »

Le bonus à l’achat du vélo élec­trique aura aus­si un peu mis les Français en forme. 84 % des anciens auto­mo­bilistes « s’en ser­vent pour faire de l’exercice physique », tou­jours selon l’étude du Cere­ma, relayée sur le blog du Monde.
La ques­tion san­i­taire a bien sûr retenu l’attention des chercheurs… et des médias. A Cler­mont-Fer­rand, l’Observatoire nation­al de l’activité physique et séden­taire s’est penché sur la ques­tion des béné­fices sur la san­té du VAE, rap­porte France 3 Rhône-Alpes Auvergne. Les résul­tats seront con­nus en févri­er 2018, eux-aus­si. On s’imagine déjà qu’ils seront encour­ageants à en lire le témoignage de Philippe, 62 ans, par­tic­i­pant à l’étude qui « dit avoir per­du 6 kilos depuis qu’il a aban­don­né la voiture ».
L’atout san­té, même pour les asth­ma­tiques ou per­son­nes souf­frant de mal­adies inval­i­dantes, est aus­si souligné par la Doc­teure Marie-Pierre Humeau-Cha­puis dans un arti­cle paru sur Actu­vé­lo.

La prime aura-t-elle servi à inspir­er ailleurs ?

Au Québec, une subvention en promesse électorale

Dans d’autres pays, peut-être. Comme au Québec. Là-bas, « la can­di­date à la mairie (de Québec, ville avec une colline impor­tante, NDLR) Anne Guérette promet une sub­ven­tion de 250 dol­lars cana­di­ens aux citoyens qui s’achèteront un vélo élec­trique. (…) Dès la pre­mière année de son man­dat, ce sont 250 000 dol­lars qui seront alloués à cette nou­velle mesure, ce qui pour­ra aider 1000 cyclistes finan­cière­ment », rap­porte Le Jour­nal de Québec.

« Ce n’est pas à l’État de continuer à subventionner le vélo »

Si la prime inspire à l’étranger, aura-t-elle servi à encour­ager les col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales de l’Hexagone ?
« Nous avons con­sid­éré que ce n’était pas à l’Etat de con­tin­uer à sub­ven­tion­ner le vélo élec­trique, dans la mesure où quand il l’avait fait, les col­lec­tiv­ités locales ne le fai­saient pas », jus­ti­fi­ait Gérald Dar­manin, le min­istre des Comptes publics, sur RTL et relayé par Les Echos fin sep­tem­bre.

Si l’on regarde ce qu’il se passe con­crète­ment du côté des col­lec­tiv­ités locales, les réal­ités sont var­iées.

Ren­dez-vous pris pour ren­dre le Vélo à assis­tance élec­trique… Mais j’veux plus le quit­ter moi !

C’est ce que tweete une Ren­naise, reprise dans l’édition locale de 20 Min­utes.

« Depuis quelques années, les vélos élec­triques blancs de Keo­lis sont devenus très ten­dance à Rennes. (…) Loués à 200 euros pour un an (120 pour les abon­nés Star), ces vélos de la mar­que vendéenne Arcade Cycles sont ensuite pro­posés à la vente, en échange d’un chèque de 569 euros », rap­porte 20Minutes Rennes. « Une liste d’attente ne cesse de croître (…) Ce suc­cès est incroy­able, au-delà même de nos espérances », prononce publique­ment Emmanuel Cou­et, le prési­dent de la Métro­pole.

« La Ville de Paris, elle, con­tin­uera égale­ment de met­tre en place l’aide finan­cière pour l’achat d’un véhicule élec­trique à hau­teur de 400 euros, jusqu’à 33 % du prix d’achat du vélo. », rap­porte 20 Min­utes Rennes.

A Orléans, une prime de 300€ est pro­posée par la Métro­pole aux foy­ers les plus mod­estes. Résul­tat ici? « C’est un flop com­plet ! Le niveau d’exigence par rap­port au mon­tage du dossier est beau­coup trop élevé, et pas du tout en adéqua­tion avec la cible», com­mente le respon­s­able d’un mag­a­sin de cycles sur France 3.

Pour ceux dont les col­lec­tiv­ité n’ont rien prévu, ceux qui ne sont pas CSP+, reste la pos­si­bil­ité d’être bricoleur ! A Caen, « Hope & Bike a conçu un kit d’électrification de vélo open source, tech­nique­ment et finan­cière­ment acces­si­ble », rap­porte We Demain.
Cela pour­rait intéress­er les habi­tants de l’agglomération nan­taise, pour qui les deux bonus s’envolent en même temps! Pour­tant, ici, le vélociste inter­rogé par Presse Océan s’affiche con­fi­ant pour l’avenir du vélo élec­trique :

Le VAE n’a pas besoin de sub­ven­tion pour se ven­dre. Le principe même est telle­ment con­va­in­quant quand on le teste. (…) La sub­ven­tion a fait par­ler du VAE et l’arrêt de l’aide mon­tre son suc­cès. On est sur une crois­sance sans souci si on se calque sur le marché alle­mand ou hol­landais.

« Si la suppression est validée, il nous faudra licencier du monde »

« On peut con­sid­ér­er que la fil­ière a démar­ré grâce à cette impul­sion », affirme égale­ment dans les Echos le min­istère de la Tran­si­tion écologique. La fil­ière de fab­ri­ca­tion de vélos élec­triques doit-elle donc s’attendre à un avenir à la hol­landaise ?
Cet opti­misme n’entraîne pas Yves Salaün, directeur de la Man­u­fac­ture française du cycle, inter­rogé par Ouest-France :

Nous avons vu notre clien­tèle s’élargir. On a créé de nou­velles chaînes d’assemblage et embauché une cen­taine de per­son­nes sup­plé­men­taires pour le mon­tage et le ser­vice après-vente. Si la sup­pres­sion est validée, il nous fau­dra licenci­er du monde…

 

Même réti­cence de ce fon­da­teur d’un mag­a­sin de cycle parisien La bicy­clette élec­trique inter­rogé par 20 Min­utes :

« Je suis assez per­plexe. Couper ces sub­ven­tions, c’est surtout enray­er une indus­trie française qui com­mence à tourn­er à plein régime ain­si qu’une effer­ves­cence au niveau de la pra­tique du vélo élec­trique. »

« Il ne faut pas casser cette dynamique »

« Il est en train de se pass­er un truc vrai­ment impor­tant avec le vélo à assis­tance élec­trique, il ne faut pas cass­er cette dynamique », a insisté Pierre Serne, con­seiller région­al (EELV) d’Ile-de-France et prési­dent du Club des villes et ter­ri­toires cyclables, qui regroupe 1 700 col­lec­tiv­ités français­es, sur Le Monde. Il par­le aus­si d’un « effet d’entraînement sur la fil­ière assez impor­tant, avec des emplois non délo­cal­is­ables : reven­deurs, répara­teurs… »

La min­istre, relayée sur Europe 1 reste ferme :

J’ai bien enten­du l’émotion qu’a pu sus­citer l’annonce de la sup­pres­sion de l’aide à l’achat d’un vélo à assis­tance élec­trique. Dans son état actuel, cette prime ne répondait pas com­plète­ment à l’objectif que l’État s’était fixé en la matière, même si elle a pu per­me­t­tre un développe­ment du marché.

L’annonce, out­re sus­citer l’émotion, a déclenché la sur­prise, voire l’incompréhension. Et cela s’entend. Car, le rap­pelle la Fédéra­tion des usagers de la bicy­clette, la [Fub->http://www.fub.fr/], sur son site Par­lons Vélo où les avan­tages du VAE sont étayés : « Par­mi les 600 can­di­dats aux élec­tions prési­den­tielles et lég­isla­tives ayant répon­du à l’enquête “par­lons-vélo”, le Prési­dent de la République et 75% des députés, issus de toutes les for­ma­tions poli­tiques, ont répon­du favor­able­ment à la ques­tion con­cer­nant une pro­ro­ga­tion du bonus VAE ».

Fin jan­vi­er, cha­cun se retrou­vera avec l’émotion pro­pre à sa sit­u­a­tion, un vélo élec­trique à enfourcher ou non. Brève ait été l’initiative, elle sem­ble avoir servi à met­tre en selle pas mal de monde. La frousse d’en voir se cass­er la fig­ure s’entend. Pour l’instant, la curiosité du « nou­veau dis­posi­tif » annon­cé laisse songeur.

Pho­tos : cre­ative com­mons

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Adeline Charvet

Journaliste et chargée de mission Information à Pignon sur Rue.

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