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Ramdam autour du vélo à Marseille

Accueillis par Jean-Yves Petit, président de RAMDAM, ce sont environ 150 participants, citoyens, associations, élus, techniciens et chargés de mission des collectivités, qui ont participé le 22 mars à la Cité des Métiers de Marseille à un large tour d’horizon du potentiel vélo.

Pour sa 3e journée d’échanges, RAMDAM avait placé la barre encore plus haut en organ­isant une ren­con­tre, bap­tisée « Le vélo dans tous ses états », qui a réu­ni, dans une salle comble, une trentaine d’intervenants pour six tables ron­des et deux présen­ta­tions. Ce pro­gramme dense visait à présen­ter le vélo sous toutes ses facettes : créa­teur d’emplois et de ser­vices, mode de déplace­ment pour l’accès à l’emploi et aux études mais aus­si con­tribu­teur de la tran­si­tion écologique et de l’activité touris­tique. Il s’agissait aus­si de présen­ter les poten­tiels de finance­ments et les poli­tiques cyclables actuelle­ment menées par les dif­férentes col­lec­tiv­ités (État, Région, Départe­ment et Métro­pole).

Des initiatives pour la mobilité quotidienne

Si le vélo com­mence à génér­er des emplois et dévelop­per des ser­vices à Mar­seille mais aus­si sur tout le ter­ri­toire de la Métro­pole, il peut aus­si faciliter l’accès ou le retour à l’emploi. Dans une ville pau­vre en amé­nage­ments cyclables, LeV­é­lo, vélib’ mar­seil­lais, géré par Decaux avec 14 salariés, est cepen­dant très util­isé, avec sa flotte de 1 000 vélos répar­tis sur 130 sta­tions, et enreg­istre  14 200 abon­nés longue durée. Pour REX Car­go et Agilenville, la livrai­son de prox­im­ité en vélo-car­go ou tripo­teur a per­mis l’embauche de salariés per­ma­nents ou en inser­tion. La loca­tion de vélo élec­trique se développe aus­si avec Sta­tions Bee’s, spé­cial­iste aixois de la loca­tion de vélo élec­trique, qui pro­pose, entre autres, une prise en main des vélos sur des points de loca­tion mobiles implan­tés dans des lieux d’intérêt.

Réinsertion après la détention

Mais le vélo peut aus­si être une solu­tion pour pré­par­er le retour des pris­on­niers à la vie libre et éviter la récidive, notam­ment pour les sans-ressources ou sans voiture. Pour cela, le Cen­tre « Peines Amé­nagées » de Luynes prévoit des sor­ties vélo à la décou­verte de l’environnement et des sites d’emploi, et une décou­verte de l’atelier d’auto-réparation de l’ADAVA Pays d’Aix, asso­ci­a­tion qui accom­pa­gne aus­si les étu­di­ants d’Aix pour une meilleure mobil­ité à vélo entre le cen­tre-ville et la fac.

En effet, l’usage du vélo reste faible chez les 77 000 uni­ver­si­taires (étu­di­ants et per­son­nels), comme le prou­vent les 2 500 répons­es à l’enquête mobil­ité d’Aix-Marseille-Université (AMU) qui, dans le cadre de son Plan de Dépla-cements Cam­pus, lutte con­tre l’autosolisme et encour­age le cov­oiturage et l’usage de modes alter­nat­ifs à la voiture indi­vidu­elle. Pour la Mai­son de l’Emploi de Mar­seille et Cap au Nord Entre­pren­dre qui regroupe 250 entre­pris­es, le vélo est une solu­tion qui doit s’articuler dans une chaîne mul­ti­modale pour favoris­er l’accès des publics en recherche d’emploi aux zones d’activités situées en périphérie. Pour cela, une réelle envie poli­tique doit s’exprimer pour don­ner envie aux employeurs d’encourager ce mode de déplace­ment et aux salariés d’utiliser le vélo ne serait-ce que pour le dernier kilo­mètre.

Transition écologique…

La car­togra­phie des zones dégradées par la pol­lu­tion atmo­sphérique, présen­tée par Atmo­Sud, mon­tre net­te­ment l’impact du trans­port routi­er sur le ter­ri­toire de la Métro­pole où les seuils de l’OMS sont forte­ment dépassés, provo­quant une mor­tal­ité, notam­ment infan­tile, dont le taux dépasse ici celui lié au tabac et à l’alcool. L’objectif du PDU de la Métro­pole dont l’approbation est prévue en 2020 est de pass­er d’une part modale du vélo de 0,7 % à 5 % d’ici  2030. L’un des leviers priv­ilégié étant de dévelop­per le linéaire d’infrastructures pour un mail­lage con­tinu et sécurisé. Pour Véronique Michaux, secré­taire générale du Club des villes et ter­ri­toires cyclables, il con­viendrait aus­si de dimin­uer la place des véhicules motorisés, de régle­menter le sta­tion­nement sauvage et de dévelop­per les zones apaisées. Pour les col­lec­tiv­ités, elle recom­mande la nom­i­na­tion d’élus aux mobil­ités actives ain­si que l’augmentation des chargés de mis­sion vélos et du mon­tant moyen alloué à la poli­tique cyclable qui n’était, en moyenne, que de 7,7 euros par habi­tant et par an en France en 2016.

… et courage politique

Con­stru­ire un vrai sys­tème vélo en con­tre­poids au sys­tème voiture est l’expression d’une volon­té réelle de la part de la Métro­pole et du Départe­ment, col­lec­tiv­ités qui devraient prochaine­ment voir fusion­ner leurs com­pé­tences. Celles-ci ont affec­té des bud­gets (respec­tive­ment de 60 Md € et de 40 Md Ä sur cinq ans) pour leurs plans vélos qui devraient être en lien avec les mesures du plan nation­al vélo, exposées par la DREAL PACA, et celles de la Région pré­cisées par Louis Bis­car­rat, con­seiller région­al. Plans vélos qui ne seront dévoilés au pub­lic qu’en juin 2019 après une phase de con­cer­ta­tion avec les asso­ci­a­tions. S’il est facile d’afficher des bud­gets, des dif­fi­cultés sont à prévoir pour la maîtrise d’ouvrage avec un niveau de com­pé­tence tech­nique à acquérir. D’autant plus que la Métro­pole n’a pas la com­pé­tence voirie sur bon nom­bre de com­munes de son ter­ri­toire.

Le rôle des associations

Sans sur­prise, les villes de la Métro­pole fig­urent tout en bas de l’échelle du baromètre des villes cyclables de la FUB, comme le rap­pelle Bernadette Cail­lard-Humeau, vice-prési­dente de la FUB, qui décrit les finance­ments du pro­gramme ALVEOLE. Elle salue les actions remar­quables des asso­ci­a­tions de la région ain­si que les vélo-écoles et ate­liers vélo qu’elles ani­ment. L’atelier par­tic­i­patif et sol­idaire d’auto-réparation et de recy­clage du Col­lec­tif Vélos en Ville de Mar­seille nous est présen­té par un mem­bre de l’association comme un sou­tien à l’autonomie ou plutôt à la vélonomie, comme il aime le pré­cis­er. Bon point aus­si pour l’ADAVA qui, après péti­tion et man­i­fes­ta­tion, a franchi un grand pas en for­mal­isant sa col­lab­o­ra­tion avec la ville d’Aix par la sig­na­ture d’une con­ven­tion d’assistance pour la mise en place d’un réseau cyclable. La munic­i­pal­ité compte déblo­quer, pour la pre­mière fois, un crédit de 500 000 € et s’appuyer sur l’expertise de l’association, comme l’indique le chargé de mis­sion de la Ville.

La loi sur les mobilités présentée par le député

Après avoir brossé les con­tours de la propo­si­tion de loi actuelle­ment exam­inée au Sénat qu’il présen­tera le 4 juin dans l’hémicycle, le député Jean-Marc Zule­si, respon­s­able du texte sur le pro­jet de loi LOM pour le groupe LREM, indique qu’il a accueil­li favor­able­ment les propo­si­tions d’amendement trans­mis­es par RAMDAM por­tant sur l’embarquement des vélos dans les trains et les cars. Enfin, les dif­férents représen­tants des col­lec­tiv­ités invitées encour­a­gent les citoyens à exprimer leur volon­té et à porter des deman­des auprès des élus pour faire évoluer les men­tal­ités. L’aménagement en cours de la piste cyclable de la cor­niche, qui accueillera la vélor­oute lit­torale V65, représente une belle avancée pour les cyclistes qui attendaient cette réal­i­sa­tion depuis longtemps.

Itinéraires attractifs pour trajets locaux et touristiques

Sys­tème con­traig­nant pour tous les usagers ©A. Michel

Cette journée a été aus­si l’occasion de présen­ter l’application web de RAMDAM, util­is­able sur smart­phone ou site inter­net, qui a l’ambition de faire remon­ter les dif­férents prob­lèmes ren­con­trés sur le ter­rain par les cyclistes aux ser­vices voirie com­pé­tents. Elle est com­plé­men­taire d’autres appli­ca­tions comme Géové­lo, ser­vice de cal­cul d’itinéraires avec appli­ca­tion GPS sur porta­bles, conçu exclu­sive­ment pour les cyclistes, présen­té par son cofon­da­teur. Il n’en demeure pas moins que les itinéraires jalon­nés, con­ti­nus et sécurisés sont plébisc­ités par les cyclistes locaux et les touristes comme les vélor­outes européennes ViaRhô­na (EV17) et la Méditer­ranée à vélo (EV8) réal­isées par le Départe­ment. La Région, comme le pré­cise sa chargée de mis­sion vélo, cofi­nance ces pro­jets qui s’inscrivent dans un sché­ma région­al des vélor­outes et pilote le Comité d’Itinéraire de l’EV8, appuyée par Vélo Loisir Provence (VLP), assis­tance à maitrise d’ouvrage. La direc­trice de VLP explique que la V65 inscrite au sché­ma nation­al et qui suiv­ra le lit­toral des Bouch­es-du-Rhône a, selon une étude de fréquen­ta­tion réal­isée par la Région, un poten­tiel de retombées socio-économiques par­mi les plus impor­tants en France. Même son de cloche pour Camille Thomé, direc­trice de Vélo et Ter­ri­toires, qui révèle qu’en France, les amé­nage­ments cyclables lit­toraux représen­tent un investisse­ment très rentable car ils offrent des espaces pour la mobil­ité quo­ti­di­enne autant que pour le vélo­tourisme qui peut se pra­ti­quer dans notre région d’avril à sep­tem­bre.

Randonnées militantes

RAMDAM et l’AF3V organ­is­eront, cette année, deux ran­don­nées mil­i­tantes pour la pro­mo­tion des itinéraires cyclables, l’une sur la total­ité de la V65 de Nice à la Camar­gue, et l’autre sur le tracé du pro­jet « Tour de la Métro­pole à vélo » soutenu par la Métro­pole qui pro­pose de décou­vrir le pat­ri­moine bâti et paysager du ter­ri­toire en reliant les prin­ci­pales villes et les pôles d’échanges. Par ailleurs, RAMDAM a demandé à la Métro­pole que soit mise en place une expéri­men­ta­tion pour le trans­port des vélos dans les cars. Le Directeur Développe­ment et Inno­va­tions chez Trans­dev rend compte des dif­fi­cultés à prévoir mais se déclare prêt à rechercher des solu­tions pour que les cyclistes arrivés en bout de ViaRhô­na puis­sent rejoin­dre une gare proche en util­isant l’autocar.

En con­clu­sion de cette journée, Jean-Yves Petit donne ren­dez-vous à tous en 2020 pour faire un pre­mier bilan des avancées à l’occasion d’une nou­velle journée d’échanges qui pour­rait être moins riche en inter­ven­tions mais don­ner plus de place aux débats avec la salle.

Note :

(1) RAMDAM (Rassem­ble­ment d’Associations pour les Modes de Déplace­ments Alter­nat­ifs dans la Métro­pole Aix-Mar­seille-Provence) est com­posée de six asso­ci­a­tions affil­iées à la FUB : CVV et Vélos Sapi­ens (Mar­seille), ADAVA (Pays d’Aix), Action Vélo (Aubagne), Aprov­el (Pays salon­ais), Les Vélos des Etangs (Ouest-Provence) et Con­vibi­cy (Arles) mem­bre asso­cié.

Un article à lire aussi dans Vélocité n°150 — mars-avril 2019, une publication de la FUB.

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Alain Michel

Secrétaire de RAMDAM

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3 Comments

  1. Les allées du Pra­do, trot­toirs ou pistes cyclables ?

    Après avoir été trans­for­mées en piste cyclables, la déci­sion aurait été reto­quée en jus­tice.
    Sub­siste aujourd’hui un mar­quage au sol ‘piste cyclable’ qui s’efface lente­ment.
    Les pié­tons s’imaginent marcher sur un trot­toir et les vélis rouler sur une piste cyclable.

    En cas d’accident, cela se passe com­ment ?

    1. Les entrées de ce chem­ine­ment de l’Avenue du Pra­do qui n’est ni une piste cyclable (car pas de pan­neaux B22A ou C113) ni un trot­toir qui est réservé aux pié­tons (et aux cylistes de moins de 8 ans) sont pro­tégées par un pan­neau indi­quant le partage de la voirie entre pié­tons et cyclistes avec un car­touche “cyclistes respectez les pié­tons”. Ce pan­neau n’est pas règle­men­taire ! Le seul qui le serait est le C115 “entrée de voie verte” c’est à dire “route réservée à la cir­cu­la­tion des véhicules non motorisés et pié­tons” Oui mais la notion de « route » con­firme que la voie verte doit être con­sid­érée comme une emprise indépen­dante en site pro­pre et non comme une dépen­dance d’une voie exis­tante :par exem­ple, un trot­toir ne peut pas être con­sid­éré comme une voie verte !
      Donc en cas d’accident sur ce par­cours , je n’ai pas de répons­es à vous don­ner: il faudrait pos­er la ques­tion à l’aménageur qui

    2. Les entrées de ce chem­ine­ment de l’Avenue du Pra­do qui n’est ni une piste cyclable (car pas de pan­neaux B22A ou C113) ni un trot­toir qui est réservé aux pié­tons (et aux cyclistes de moins de 8 ans) sont pro­tégées par un pan­neau indi­quant le partage de la voirie entre pié­tons et cyclistes avec un car­touche “cyclistes respectez les pié­tons”. Ce pan­neau n’est pas règle­men­taire ! Le seul qui le serait est le C115 “entrée de voie verte” c’est à dire route réservée à la cir­cu­la­tion des véhicules non motorisés et pié­tons. Oui mais, La notion de « route » con­firme que la voie verte doit être con­sid­érée comme une emprise indépen­dante en site pro­pre et non comme une dépen­dance d’une voie exis­tante :par exem­ple, un trot­toir ne peut pas être con­sid­éré comme une voie verte
      Donc en cas d’accident, je ne saurais vous répon­dre, il vaut mieux pos­er la ques­tion à l’aménageur !

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