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Urbanisme tactique et vélo, la mode va-t-elle durer ?

De nombreuses collectivités ont réalisé des « aménagements de transition » à la sortie du confinement – une nouveauté en France. Le Club des villes et territoires cyclables a mené une enquête pour mieux appréhender le phénomène.

Dans son étude, le club relève la mise en œuvre d’un urban­isme tac­tique depuis le pre­mier con­fine­ment. Con­crète­ment, d’un point de vue pro-vélo, c’est quoi l’urbanisme tac­tique ?

Axel Lam­bert : L’urbanisme tac­tique est une démarche d’aménagement très intéres­sante pour les col­lec­tiv­ités qui souhait­ent dévelop­per l’usage du vélo ou de la marche sur leur ter­ri­toire. Tra­di­tion­nelle­ment, les col­lec­tiv­ités plan­i­fient leurs actions via un sché­ma cyclable avant de pass­er à la créa­tion d’aménagements. Ici, la logique est inver­sée.

Elle peut se résumer en trois temps : tester, éval­uer, ajuster. On expéri­mente rapi­de­ment une série d’aménagements cyclables avec un matériel tem­po­raire (balise, mar­quage, bloc béton) sur un itinéraire qu’on sup­pose intéres­sant, puis on vient – et c’est la phase cru­ciale – analyser les mod­i­fi­ca­tions engen­drées par ce ou ces amé­nage­ments via une série de comp­tages, ou mieux, par des démarch­es par­tic­i­pa­tives. Par la suite, si l’aménagement appa­raît comme per­ti­nent, on peut le péren­nis­er, l’amender ou bien le sup­primer.

Phase 2 de l‘enquête, disponible sur le site du CVTC

On a le sen­ti­ment que ce sont prin­ci­pale­ment les col­lec­tiv­ités déjà très engagées qui ont dévelop­pé des amé­nage­ments tran­si­toires. Toutes les col­lec­tiv­ités se sont-elles saisies de l’époque pour aller plus vite dans leurs poli­tiques cyclables ?

A.L. : L’objectif de notre enquête con­siste à ren­dre-compte au plan nation­al des dif­fi­cultés, des bonnes pra­tiques et de l’état d’avancement des pro­jets à l’échelle locale par des remon­tées pra­tiques du ter­rain. Ce qu’on peut dire, c’est que l’urbanisme tac­tique ren­con­tre un vrai suc­cès auprès des col­lec­tiv­ités. Sur les 105 col­lec­tiv­ités inter­rogées, 92 % d’entre-elles plébisci­tent cette méth­ode. En sep­tem­bre, plus de 70 col­lec­tiv­ités ont mis en place des amé­nage­ments de tran­si­tion en France, soit 14 % de plus que lors de l’enquête de juin 2020 (34 sont tou­jours en train d’en déploy­er) ; 26 autres ter­ri­toires y réfléchissent encore, mais l’optimisme domine. Mais surtout, 70 % d’entre elles jugent prob­a­ble, voire très prob­a­ble que leurs pro­jets cyclables aboutis­sent.

Le phénomène n’est pas répar­ti de la même manière en France. Les villes grandes et moyennes déploy­ant déjà une poli­tique cyclable sont bien enten­du les pre­mières à ini­ti­er le mou­ve­ment. Elles sont rejointes par celles dis­posant d’un réseau de trans­port col­lec­tif, afin de per­me­t­tre une solu­tion alter­na­tive pour les gens ayant peur d’utiliser le bus, le métro ou le tramway. On con­state égale­ment un intérêt mar­qué de cer­taines col­lec­tiv­ités situées dans des ter­ri­toires peu dens­es (on compte 17 pro­jets en cours dans ce type de ter­ri­toire).

Nous sem­blons par­tis pour d’autres péri­odes de con­fine­ments plus ou moins fortes, qu’est-ce qui per­me­t­trait aux col­lec­tiv­ités hési­tantes de pass­er le cap ?

A.L. : Il faut leur présen­ter les bonnes pra­tiques en ter­mes d’aménagements cyclables de tran­si­tion ou de démarche d’évaluation afin de don­ner envie aux décideurs et aux tech­ni­ciens d’engager une action. Notre étude y par­ticipe en met­tant en valeur des exem­ples intéres­sants pour les col­lec­tiv­ités. Cette enquête mon­tre égale­ment qu’une meilleure infor­ma­tion con­cer­nant les finance­ments disponibles pour les col­lec­tiv­ités est néces­saire. Cer­taines col­lec­tiv­ités insis­tent égale­ment sur la néces­sité de for­mer les agents des col­lec­tiv­ités aux ques­tions du vélo.

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