LE CONCENTRÉ D'ACTU

Fin de mandat, campagne. Nos politiques s’emparent-ils du vélo ?

Fin de mandat en vue. La presse s’alimente de primaires, de prévisions. Elle se met sous la dent, dès qu’elle peut, les dernières actions d’un gouvernement en bout de course. Quand la Ministre de l’écologie refait le monde du vélo et de la marche à quatre mois des Présidentielles, le Web s’agite.

Alors Actuvélo s’interroge. Quelle place occupe donc le vélo en cette période transitoire ? Comment nos politiques se saisissent de cette question ? Les espoirs pour un monde cyclable sont-ils permis ? Tour d’horizon au fil du Web du mois de novembre.

Certains s'affichent fiers d'être à vélo

Ce n’est pas au bras de son épouse à succès que Nicolas Sarkozy apparaît dans la presse au fil des primaires de la droite cet automne. C’est à vélo sur les chemins du Var que le présente le quotidien Le Parisien lorsqu’il s’agit de décortiquer son programme de campagne. De leur côté, Les Inrocks, dans un article consacré au marketing des candidats, complètent : « Nicolas Sarkozy a parcouru le pays de haut en bas pour mobiliser ses fidèles partisans. 1 800 km en courant, 1 560 km à vélo et 71 000km lors de ses déplacements (...) ». Les journalistes de Libération tombent aussi sur un cycle au cours de leur marathon spécial primaires. Dans les bureaux de NKM, ils ne trouvent d’elle qu’« une photo de jeunesse sur les murs (juchée sur un vélo, les yeux cerclés de lunettes) ».

Le vélo, devenu urbain et tendance, serait-il devenu aussi l’accessoire de la course aux urnes ?

S’il fait partie de l’équipement vers l’investiture de ceux que nous venons de citer, il ne l’est pas pour tous !

« Vélo-Juppé vs Auto-Fillon », titre Olivier Razemon dans une chronique parue sur lemonde.fr. Le journaliste spécialiste des transports s’amuse à comparer les deux principaux candidats aux primaires de la droite : « A Bordeaux, le maire depuis 1995, Alain Juppé, a développé un intérêt pour le vélo comme mode de transport. François Fillon, lui affiche une fascination pour la voiture, et pour les voitures de course en particulier ». Les Inrocks le surnomment d’ailleurs le candidat « vavavroum », justifiant que « sur son site, les références à la compétition automobile sont partout ». Quelques jours plus tard, France Info nous informait de sa victoire aux primaires. On peut donc imaginer que la communication des Républicains devrait laisser le vélo au garage pour les prochains mois.

Communication "mobilité active" de fin de mandat

Un peu avant le raz-de-marée médiatique de cette primaire, c’est au gouvernement en place que les médias s’intéressent. A juste titre. En fin de quinquennat, « la mobilité active », « c’est-à-dire, tout bonnement, la marche et le vélo », traduit Olivier Razemon, est au menu. Le 2 novembre dernier, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’énergie et de la mer et Alain Vidalies, secrétaire d’Etat chargé des transports ont présenté une communication relative au développement des mobilités actives.

Le compte-rendu officiel offre un aperçu sur les échanges. C’est le quatrième paragraphe, baptisé « Des actions concrètes peuvent être mises en œuvre dès maintenant » qui retient le plus l’attention des médias, bien sûr.

Comment définir le statut du trottoir ?

Plusieurs titres, comme La Gazette des communes annoncent les 12 actions en question. Parmi elles : l’indemnité kilométrique vélo dans la fonction publique territoriale, la définition du statut du trottoir, les sas vélos, le « gravage » des vélos.

Des mesures qui arrivent (trop) tard

Gros programme pour le temps qu’il reste au Gouvernement actuel ! « Un Plan d’action « d’ici à 4 mois », c’est à dire juste avant le premier tour de l’élection présidentielle (23 avril) », réagit Isabelle Lesens, sur son blog consacré au vélo. « Le Gouvernement français a annoncé la mise en chantier d’un certain nombre de mesures pro-vélo bienvenues, qui seraient prometteuses si elles n’arrivaient si tard. Elles pourront être reprises telles que par le prochain gouvernement, qui en trouvera peut-être le financement. (…) Cette communication était attendue depuis 3 mois, et régulièrement repoussée. Elle intervient en fin de mandat, et alors qu’une seconde réunion sur le Plan d’Action Mobilités Actives (PAMA) a lieu cet après-midi. Elle aurait eu plus de force en début de mandat qu’après 5 ans d’atermoiements. Elle aurait au moins pu coïncider avec la COP21, il y a un an, conférence où le mot vélo ne fut même pas prononcé, et l’objet absent. », regrette la blogueuse, militante des modes actifs.

Des mesures à 4 mois des élections.

« (...) Pourquoi le gouvernement attend-il la fin du quinquennat pour découvrir les nombreux atouts de la marche et du vélo, alors que quelques mesures simples (et plus complètes) auraient pu être prises bien plus tôt ? » interroge Olivier Razemon au lendemain de la communication ministérielle. « On se souviendra qu’un « plan vélo » avait été présenté par Thierry Mariani, ministre de Nicolas Sarkozy, en janvier 2012, quelques mois avant l’élection présidentielle, et qu’il avait notamment avalisé le « cédez-le-passage-cycliste-au-feu », aussi appelé « tourne-à-droite », qui permet aux cyclistes de passer un feu rouge », complète-t-il.

Un plan repris par la relève ?

L’hebdo de la fonction publique territoriale emboîte le pas des deux chroniqueurs. « Après l’adoption d’un plan national d’action pour les mobilités actives (PAMA), en octobre 2014, tout le monde attendait une version 2 de ce plan, dont un premier bilan avait déjà été dressé par Alain Vidalies … en septembre 2015. Mais à quelques mois de l’élection d’un nouveau Président de la République, l’exercice commence à devenir périlleux : trop ambitieux, le plan serait sans doute délaissé par le nouveau gouvernement. Ce qui serait la pire des situations, car l’enjeu de développer les mobilités actives est bien réel (...). »

La mise pratique interroge donc. « La FUB, comme ses antennes locales, se demandent de quels leviers réels dispose le gouvernement. De nombreuses mesures dépendent en effet de la bonne volonté des municipalités et agglomérations, dont l’engagement est très inégal. », rapporte Olivier Razemon. Puis, il finit par rassurer ses lecteurs : « les mesures annoncées devront en tous cas être validées au début de l’année 2017, sous la houlette de la coordonnatrice interministérielle en charge des « mobilités actives », Sylvie Banoun, qui occupe ce poste depuis le mois de juin. »

Les rythmes et les ambitions des uns et des autres se côtoient donc en novembre. Certains sont déjà lancés à fond de train dans la course, vélo ou non à l’appui. Au Ministère de l’Environnement, le rythme est encore à l’endurance, cyclisme et marche toute.


Par Adeline Charvet, journaliste en charge du site actuvelo.fr, à Pignon Sur Rue, maison du vélo et des modes actifs. Contact.